Eugène Humbert / Henriette Jeanne Humbert-Rigaudin Papers
Period (1863-) 1889-1986 (-1993)
Total size 3.37 m.
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Biography
Eugène Jean-Baptiste Humbert: born in Metz, France 1870, died in Amiens 1944; libertarian and neo-malthusianist; publicist; influenced by the anarchist ideas of Lapique, his shoemaking master in Nancy; with some friends Humbert formed the group Liberté, which published a few issues of Le Tire-Pied; cofounder of the bimonthly for workers L'Indépendent in 1891; left for Paris in 1896 where he became a neo-malthusianist through Paul Robin; administrator of the Ligue de la Régéneration Humaine and director of its periodical Régéneration from 1902; after his break with Robin he founded Génération Consciente 1908-1914.
Henriette Jeanne Rigaudin: born in Romans-sur-Isère, France, 1890, died in Paris 1986; libertarian and pacifist, introduced into neo-malthusianist circles by her mother; publicist.
Humbert and Rigaudin met in 1908 when she went to work for Génération Consciente; they became companions and had a daughter, Lucette, in 1915; in 1914 Humbert had left for Spain escaping military service; reunited in Barcelona in 1916, they actively pursued peace propaganda; back in France in 1921 they both were imprisoned for neo-malthusianist propaganda and Humbert also for evading military service; after their release in 1924 they married; from 1926 Humbert was director of the Librairie du Progrès; in 1931 he founded La Grande Réforme, organ of the Ligue de Régéneration Humaine, for which both wrote many articles; Jeanne Humbert was member of the board of the Ligue Internationale des Combattants de la Paix (LICP) 1932-1935; during the German occupation they retired to Lisieux; in 1943 Humbert was again imprisoned for birth control propaganda and died in Amiens during a bombardment in 1944; after the war Jeanne Humbert restarted La Grande Réforme in 1946; she contributed to La Voie de la Paix, Le Monde Libertaire, Le Réfractaire and other periodicals; held many lectures on peace and on birth control; her publications include `En Pleine Vie' 1930, `Le Pourrissoir' 1932 `Sous la Cagoule' 1933, `Eugène Humbert, la vie et l'oeuvre d'un neo-malthusien' 1947 and `Sébastien Faure, l'homme-l'aôtre-une époque' 1949.
Content
Eugène Humbert papers: personal documents 1889-1914; correspondence with Jeanne c. 1909-1944, Lucette c. 1921-1944 and some other family members; correspondence with Berty Albrecht 1930-1934, Pierre Bellino c. 1929-1942, Félix Delmarle c. 1912-1924, Léonie Devaldès 1943-1944, Manuel Devaldès 1908-1944, Gabriel Giroud c. 1904-1944, Fernand Kolney c. 1909-1929, Jean Marestan c. 1910-1944, Victor Margueritte 1927-1939, Eugène Merle c. 1911-1938, Pierre Ramus 1933, Nelly Roussel (photocopies) 1904-1914, Jan Rutgers c. 1904-1916 and others; correspondence relating to Régéneration 1900-1908, Génération Consciente 1908-1914 and La Grande Réforme 1931-1939; correspondence relating to La Librairie du Progrès 1926-1928; `Lettre ouverte ̉M. le Sénateur Bérenger', with correspondence 1911; notes on `Principes de Philosophie Matérialiste' 1894; manuscripts of articles by Sébastien Faure, Camillo Berneri, Victor Margueritte and Gabriel Giroud.
Jeanne Humbert papers: diaries 1939-1962; personal documents 1915-1949; correspondence with Eugène c. 1909-1944, Lucette 1933-1976 and some other family members; correspondence with André Arru 1979-1983, Berty Albrecht 1930-1934, Jean Challaye c. 1939-1983, Francis B. Conem 1957-1959, Félix Delmarle c. 1912-1924, Léonie Devaldès 1938-1945, Manuel Devaldès 1945-1955, Gabriel Giroud c. 1904-1945, Louis Nucera 1974-1983, May Picqueray c. 1962-1983, Maurice Robin 1971-1978 and others; correspondence relating to La Grande Réforme 1946-1949; manuscripts; albums with clippings and correspondence relating to her books `En Pleine Vie', `Le Pourrissoir' an `Sous la Cagoule' 1930-1934; documents relating to the LICP 1932-1935; documents concerning the libertarian poet Paul-Napoléon Roinard c. 1911-1955 and her godchild the film maker Jean Vigo c. 1903-1975.
Papers of others: some correspondence and personal documents of family members 1863-1990; letters by Jeanne Humbert to Francis Ronsin (1940) 1979-1980.
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PRÉFACE
Les institutions gouvernementales manifestent un souci maniaque de leurs
archives, y compris celles des services secrets. Pendant la période
révolutionnaire, les espions de "Pitt et Cobourg" opérant en France
devaient rendre des comptes précis: ils ont été révélés à la veille de
1939.
Semblable préoccupation n'a jamais été de mise dans les différents
groupements du monde ouvrier en position de contestataires de l'ordre établi.
Obligés, à cause des tracasseries policières, de laisser le minimum de traces
écrites, ils ne pouvaient prendre le risque - sauf le parti communiste mais
celui-ci s'est doté très tôt d'un appareil clandestin - de constituer des
séries complètes de documents concernant leur action. Conséquence inévitable de
cet esprit, certaines de leurs publications, bien que légales, sont aujourd'hui
lacunaires ou ont entièrement disparu.
Rares aussi furent les militants de
premier plan qui eurent pour eux-mêmes des intentions archivistiques. Leur
sécurité personnelle dépendait souvent du résultat de perquisitions faites chez
eux. Celles-ci n'ont pas été épargnées à Jeanne Humbert
combattant en permanence dans les tranchées avancées du front
révolutionnaire.
Or elle a pourtant pensé à garder précieusement lettres,
journaux, brochures, affiches, tracts, etc... qui lui étaient adressés ou
parvenaient entre ses mains des différents milieux qu'elle côtoyait: sa
réputation militante y fut très vite établie.
De là, l'importance extrême
de ce fonds qui dépasse largement le cadre du mouvement néo-malthusien. La
plupart des organisations hostiles au pouvoir en place - de droite ou de gauche
car Jeanne Humbert n'a jamais ménagé ses amis politiques -
l'ont accueillie sans réserves: durant l'entredeux guerres, elle fut la
propagandiste passionnée, présente dans la France entière, de tous les aspects
d'un idéal socialiste sans oeillères dogmatiques.
Jeanne
Humbert a donc été une militante de l'émancipation humaine
et non seulement celle de l'émancipation sexuelle à laquelle son nom reste
attaché. Elle est certainement la femme du 20ème siècle qui a le mieux
représenté, au cours de sa longue vie et sans aucun renoncement, un humanisme
complet et surtout lucide, qualité exceptionnelle chez les tenants des utopies
révolutionnaires...
Roger-Henri Guerrand
PRÉSENTATION
I. Richesses et lacunes d'un fonds d'archives
Jeanne Humbert avait régulièrement évoqué devant moi le
sort futur de ses archives. On l'avait contactée, d'ici et de là, pour lui
demander un legs. Untel lui avait conseillé de les verser à la Bibliothèque
nationale, et Devaldès, en Angleterre, où on vole moins
qu'en France... Je faisais systématiquement dévier ces conversations, car elle
avait - à mon avis, mais pas au sien - atteint depuis longtemps l'âge à partir
duquel parler de la mort devient un sujet délicat. Pourtant, Jeanne
Humbert est morte. Puis, sa fille, Claude Villon
(Lucette Humbert), m'a appris qu'elle m'avait confié
l'avenir de ses papiers.
Entassés, en vrac, dans des cartons de
téléviseurs, ces documents sont restés chez moi plusieurs années avant de
trouver un refuge à Amsterdam. Entre temps, en écrivant la biographie de Jeanne
Humbert, j'ai pu constater l'état de désordre où ils se
trouvaient. J'ai pu également l'accroître, car, dans le désordre général,
subsistaient les traces de plusieurs tentatives, successives et avortées, de
classement. Les chercheurs qui les ont utilisés chez moi, pour travailler sur
des sujets tels que "les chansonniers anarchistes", ou "les
mouvements pacifistes", se sont heurtés aux mêmes problèmes, et, comme
moi, ont certainement aggravé la situation. L'équipe de la Bibliothèque
Marguerite Durand, institution parisienne spécialisée dans l'histoire des
femmes et du féminisme, que j'avais autorisée à reproduire tous les documents
qu'elle souhaitait, est venue, à son tour, y apporter un nouvel ordre et autant
de désordre.
De ce qui précède, il ressort deux choses: La première est
que le travail de classement effectué par Tiny de Boer
pouvait sembler dépasser les forces humaines pour qui ne possède pas son
professionnalisme. Je l'ai critiqué à propos de certains choix, mais je me suis
bien gardé de suggérer une autre démarche.
En revanche, c'est ma seconde
observation, j'ai insisté pour présenter ce catalogue afin de souligner le
caractère éminemment particulier de la collection de documents qu'il décrit.
Ces cartons renferment, on le sait, avec les tracts, affiches, journaux,
brochures, livres, photographies... de même origine également conservés à
l'IIHS d'Amsterdam, la meilleure source d'étude du mouvement néo-malthusien
français (les archives de Gabriel Giroud étant
indisponibles). Ils peuvent toutefois être tout aussi indispensables pour des
travaux touchant à l'anarchisme, au pacifisme, je viens de le dire, au
féminisme ainsi qu'à d'autres thèmes que je crois devoir signaler. Ces archives
ne sont pas, en effet, celles d'un mouvement. Elles ont été constituées par une
militante, par une femme, ce qui explique aussi bien leurs lacunes que leurs
richesses. Elles retracent, non pas un, mais des combats, une vie surtout, et,
partiellement, celles qui l'ont croisée. C'est souvent ce qui leur donne une
authenticité et même une richesse historique que n'ont jamais celles des
organisations.
Les suggestions de lecture faites ci-dessous doivent être
considérées comme des exemples qui ne donnent qu'une idée des richesses de ce
fonds.
II. Le néo-malthusianisme
On a souvent écrit, et je l'ai trop souvent fait moi-même, que les
néo-malthusiens s'opposaient aux malthusiens en prônant la contraception, et
donc la liberté sexuelle, alors que le pasteur Malthus
n'acceptait que la continence sexuelle. C'est faux, dans le sens où, à ma
connaissance, la plupart des disciples, malthusiens ou néo-malthusiens, du
pudibond pasteur ont reconnu la nécessité de la contraception. De ce fait, dans
de nombreux pays, la différence entre malthusianisme et néo-malthusianisme n'a
jamais été bien nette. Même en France, les malthusiens, qui ont une forte
influence sur les classes dirigeantes au moins jusqu'à la moitié du XIXe
siècle, acceptent la contraception pour éviter la prolifération des pauvres qui
menacerait le confort des riches.
Le véritable néo-malthusianisme, qui
s'est particulièrement épanoui en France, détourne la pensée de
Malthus d'une toute autre façon. Le néo-malthusianisme est
un détournement de la pensée de Malthus dans un sens
subversif, révolutionnaire, lié à une philosophie de révolte, d'insoumission et
d'action directe. L'ensemble de ce fonds d'archives en apporte de multiples
preuves que l'on peut également trouver dans les biographies des principaux
animateurs du mouvement. Paul Robin fut membre du Conseil
de la première Internationale avant d'en être expulsé avec les bakounistes.
J'évoquerai, ci-dessous, les jeunesses d'Eugène Humbert,
déjà qualifié d'"anarchiste dangereux" par la police de Nancy dès son
adolescence, et de Jeanne Rigaudin, la future Jeanne
Humbert. Les militants néo-malthusiens français ont eu,
pour la plupart, des relations étroites avec l'anarchisme ou le syndicalisme
révolutionnaire.
L'attitude des autorités confirme ce qui précède en
évitant toute confusion. Les malthusiens n'ont jamais été poursuivis en
justice. Les organisations qui, après la Seconde Guerre mondiale, lutteront
pour la liberté de la contraception et de l'avortement ne le seront pas plus,
alors que les néo-malthusiens ont constamment subi un véritable acharnement
policier et judiciaire.
1. A l'origine des vocations
(Le terme "vocations" est le plus approprié
que j'ai pu trouver pour souligner que la famille néo-malthusienne ressemble
beaucoup à une secte unie autour d'une révélation.)
Paul
Robin (1837-1912), fondateur de la première organisation
néo-malthusienne française: la Ligue de la Régénération Humaine, fut enseignant
avant de consacrer l'essentiel de son énergie au militantisme révolutionnaire.
Il adhère à l'Internationale en 1866, milite en Belgique, puis en Suisse avec
Bakounine où il devient membre de l'Alliance de la Démocratie Sociale. En 1871,
il se réfugie à Londres et entre au Conseil de l'Internationale (dont il sera
exclu l'année suivante). C'est alors qu'il découvre les théories malthusiennes
déjà profondément transformées par des penseurs radicaux tels que Francis
Place, Robert Owen, Richard Carlile, Georges Drysdale,
Charles Bradlaugh...
Il s'efforce alors de convaincre
ses amis révolutionnaires de l'importance de la question de population. Pour
cela, il se rend, en 1877, au Congrès communiste libertaire de Saint-Imier et
adresse un appel au Congrès socialiste de Marseille (1879). Il ne recueille
qu'indifférence ou hostilité. Appelé par les républicains, devenus majoritaires
en France, à participer à leur oeuvre de rénovation pédagogique, il doit,
pendant plusieurs années, ne pas afficher publiquement ses convictions
révolutionnaires et surtout néo-malthusiennes. Il est nommé inspecteur de
l'enseignement primaire à Blois, puis, surtout, en 1880, directeur du premier
internat mixte, l'orphelinat de Cempuis dans l'Oise. A Cempuis, Paul
Robin s'emploie à développer des principes de pédagogie et de vie
quotidienne proche de ses idéaux libertaires. La presse conservatrice s'en
scandalise et, en 1894, il est révoqué. Cette révocation lui permet de se
lancer ouvertement dans la propagande néo-malthusienne. Dès février 1895, il
édite un petit journal pédagogique: L'Education intégrale, où ses engagements
eugéniste et néo-malthusien sont ouvertement exprimés. En 1896, il crée la
Ligue de la Régénération Humaine, qui, après un premier succès: la publication
d'une traduction de la brochure néerlandaise Moyens d'éviter les grandes
familles (à l'IIHS), végète. Son journal, Régénération, ne paraît
qu'épisodiquement. Ce n'est qu'à partir de 1902, lorsque Eugène
Humbert devient le gérant de Régénération, que la Ligue de la
Régénération humaine - et, donc, le néo-malthusianisme en France - connaît un
réel développement.
La mère de Jeanne Humbert, Aline
Blanc, épouse Rigaudin, avait au moins deux mauvaises
habitudes. Celle de fréquenter la "maison du peuple" de Romans, ville
où elle vivait, pour y écouter les orateurs anarchistes et socialistes de
passage. Celle de fuguer. C'est ainsi qu'elle rencontra Auguste Delalé, un
agitateur anarchiste et syndicaliste, qu'elle suivit à
Tours en 1901. Elle emmena sa fille Jeanne, alors âgée de
onze ans, avec elle, et abandonna ses deux autres enfants. Jeanne a toujours
voulu croire que ce choix venait de ce qu'elle était le fruit d'un amour d'un
jour et non d'un Rigaudin, petit bourgeois alcoolique. Chez les anarchistes,
néo-malthusiens ou non, on détestait naturellement les petits bourgeois, ainsi
que les alcooliques, tout en étant généralement friand de copieuses et joyeuses
libations.
(Cet épisode a pour conséquence que, dans ces archives, les
noms d'Aline Rigaudin et d'Aline Blanc désignent la même
personne, de même que ceux de Jeanne Rigaudin, pendant un court temps Jeanne
Delalé, plus tard, Jeanne Humbert.)
Jeanne Rigaudin
fit alors connaissance avec des grandes figures de l'anarchie que Delalé
faisait venir à Tours. Des conférenciers: Laurent
Tailhade, Jean Marestan... Le célèbre cambrioleur
Alexandre Jacob (également présent dans ces archives sous le nom de
"Marius", nom qu'il adopta à son retour de 23 ans de bagne)...
En 1903, la tribu Delalé fut contrainte à l'exil, ses activités anarchistes
ayant causé trop de scandales. Elle se réfugia à Paris où
Marestan lui avait trouvé un appartement.
Jeanne
Humbert m'a confié ses souvenirs d'enfance à Romans puis à
Tours pour une interview parue dans Le Monde en 1980
(dossier 967).
Elle a écrit un récit très vivant et très détaillé de ses
premières années à Paris, accompagnée d'une intéressante description des
milieux anarchistes de l'époque, dans l'article "Jean
Vigo cinéaste d'avant-garde" qu'elle a publié en novembre 1956
dans Contre-Courant. On trouve, dans le dossier 867 deux manuscrits successifs
de cet article, tous deux incomplets mais qui se complètent l'un l'autre.
En effet, le père de Jean Vigo, Miguel Almereyda (Eugène
Vigo, de son véritable nom) appartenait alors à l'équipe
du Libertaire assidûment fréquentée par Delalé. Jeanne, qui avait passé son
certificat d'études à Tours, fut confiée à ces compagnons
pour compléter son instruction. Miguel devint son professeur de sténographie,
ce qui explique les nombreuses cartes postales sténographiées du dossier 867.
Lorsqu'en avril 1905, Emilie Claro, compagne de Miguel Almereyda, donna
naissance à un garçon, il fut appelé Jean car Jeanne Rigaudin devint sa
marraine (laïque).
Eugène Humbert fréquentait les
mêmes milieux que Jeanne Rigaudin, et Miguel Almereyda était également de ses
amis (lettres dans le dossier 3). L'un et l'autre cessèrent de le voir en 1914,
après qu'Almereyda ait rallié le camp des bellicistes. Jeanne demeura toutefois
très attachée à Jean Vigo, d'où l'importance des documents
réunis par sa marraine lorsqu'elle deviendra sa biographe. (dossier 867)
(A noter, dans le même dossier, un article du Bonnet Rouge
(1928) qui réfute les rapports établis par certains entre l'affaire Almereyda,
la bande à Bonnot et les assassinats de la mère et du frère de Jeanne
Humbert).
Ces relations et ces convictions communes
expliquent qu'en 1909, Eugène Humbert fit appel à Jeanne
Rigaudin pour aider au secrétariat de Génération
Consciente. Leurs vies devaient désormais se confondre étroitement
avec l'histoire du néo-malthusianisme français.
Ces archives sont très
pauvres en ce qui concerne la jeunesse d'Eugène Humbert
(né en 1870) avant sa rencontre avec Paul Robin (1902) et,
surtout, avec Jeanne Rigaudin (1909). On doit toutefois y trouver un numéro de
L'Indépendant, deuxième journal (le premier était Le
Tire-Pied) qu'il fonda à Metz avec Eugène
Mariatte. Les lettres de son cousin, Lucien Humbert,
personnalité marquante du syndicalisme révolutionnaire et de la libre-pensée,
sont très postérieures (dossier 322)... Eugène était manifestement beaucoup
moins conscient que Jeanne de l'intérêt de la constitution d'archives. La
meilleure source pour étudier sa vie est certainement le livre que lui a
consacré Jeanne: Eugène Humbert - La vie et l'oeuvre d'un
néo-malthusien. Edition de la Grande Réforme, Paris, 1947. (A
l'IIHS).
Gabriel Giroud (1870-1945) a été formé aux
idées de Paul Robin dès son enfance. Il est, en effet,
entré à Cempuis en 1877, soit trois ans avant Robin. Il
quitte Cempuis en 1887 pour accéder à l'Ecole normale. Il y revient en 1892,
comme enseignant, et, épouse, en 1893, Lucie Robin, la
fille de son maître. En 1894, il abandonne Cempuis lorsque
Robin est révoqué. Il jouera, dès lors et jusqu'à sa mort,
un rôle très important dans le mouvement néo-malthusien. Auteur de nombreux
ouvrages et articles, qu'il signe souvent G. Hardy, et, parfois, C. Lyon (il
est né à Lyon), il est considéré par ses amis comme le tenant de l'orthodoxie
néo-malthusienne et un érudit d'une grande rigueur scientifique.
Gabriel Giroud sera particulièrement chargé des relations
avec les organisations étrangères.
Les lettres adressées par
Giroud aux Humbert sont très
nombreuses et très riches en informations. Elles couvrent la période 1904-1945
et se trouvent dans les dossiers 136, 137 et 587.
La quasi-totalité des
autres militants néo-malthusiens de premier plan provenait des milieux
anarchiste, syndicaliste révolutionnaire, ou, moins souvent, socialiste et
républicain radical.
2. La propagande
La propagande néo-malthusienne répond à un double
objectif. Le premier est de répandre les thèses malthusiennes revues par
Robin et que l'on peut résumer par sa formule: "Le
problème du bonheur humain a donc trois parties à résoudre dans cet ordre et
dans cet ordre seul:
1. Bonne naissance; 2. Bonne éducation; 3. Bonne
organisation sociale.
Les efforts pour résoudre une partie du problème
sont en grande partie perdus tant que les précédents sont mal
résolus."
Le deuxième de ces objectifs est de convaincre les
individus que leurs responsabilités d'êtres humains et leurs intérêts
personnels convergent pour leur commander de limiter leur fécondité, et, donc,
puisque nous sommes dans la tradition anarchiste d'action directe, de leur
fournir les moyens nécessaires pour y parvenir: la connaissance du processus de
la reproduction et les contraceptifs.
Ce programme, associant éducation
théorique et action pratique, est parfaitement appliqué jusqu'au vote de la loi
de 1920. Ceci place les organisations néo-malthusiennes dans une situation
exceptionnelle, presque unique, dans l'histoire des organisations
révolutionnaires: elles sont financièrement prospères car ce sont des
entreprises commerciales et les dépenses qu'elles font pour la propagande
doivent, logiquement, être couvertes par l'accroissement de leur vente de
préservatifs. C'est sur cette question que l'on peut, à mon avis, déplorer la
principale lacune de ces archives. On y retrouve des catalogues d'objets et de
produits, quelques traces de correspondance avec des fournisseurs ou des
clients, mais aucune véritable pièce comptable, pas de bilan. Pourquoi?
L'absence de ces pièces peut être le résultat de saisies opérées par la police
(mais on ne les trouve pas non plus dans les archives policières), plus
vraisemblablement, elles ont été détruites par crainte de la répression.
Après 1920, la propagande néo-malthusienne est contrainte à beaucoup plus de
prudence. La vente des préservatifs devient clandestine. L'initiation aux
techniques contraceptives se fait au travers de l'éducation sexuelle.
a. La presse
Un journal mensuel se trouve au centre de chaque organisation néo-malthusienne. Presque exclusivement diffusé par abonnement, c'est lui qui assure la liaison entre les groupes, entre les militants et les sympathisants. Ces journaux, dont une collection quasi-complète se trouve à l'IIHS, confirment ce qui vient d'être dit à propos de la propagande. Jusqu'en 1920, les rubriques liées aux problèmes démographiques, aux procédés contraceptifs, y côtoient la présentation des produits et objets en vente. A cela s'ajoutent, et c'est souvent le plus intéressant, des articles et des "brèves" d'actualité, mines de renseignements sur la vie des mouvements et des groupes locaux, sur les publications et les conférences, sur les témoignages de sympathie, les déclarations et les actes hostiles. Après 1920, leur rédaction est contrainte à la prudence. Chacun d'entre eux pourrait néanmoins légitimer, selon la loi, une série de procès. Toutes les pièces comptables relatives à ces journaux ainsi que les listes d'abonnés, ont hélas disparu.
- Régénération
Fondé par Paul
Robin en 1900, dirigé par Eugène Humbert à
partir de 1902, Régénération est l'organe de la Ligue de la Régénération
Humaine. Il disparaît en 1908 après la rupture entre Eugène
Humbert et Paul Robin (collection complète à
l'IIHS).
Les pièces concernant la vie du journal sont, dans ces archives,
rares. On est beaucoup mieux renseigné sur sa mort, suite à la brouille
survenue en 1908 entre Robin et
Humbert.
Dans une lettre datée du 18 février 1908
(dossier 328), Robin demande à E.
Humbert sa démission du poste d'administrateur gérant du
journal Régénération. Les motifs de cette éviction ne sont pas clairement
exprimés. Robin accuse Humbert
d'avoir fait "concorder ses intérêts et ses convictions" sans donner
d'autres précisions.
Autre témoignage direct de la rupture entre
Robin et Humbert: une lettre non
datée d'E. Humbert à "Mon cher Ami" (?) qui fait
état de ses regrets quant à l'attitude peu conciliante de Paul
Robin. Pour Humbert, la "haine" de
Robin explique le déclin du journal Régénération. Il y
récuse les insinuations de Robin: "Pour son plus
grand malheur, Paul Robin s'est laissé circonvenir par
deux ou trois fripouilles qui conduisent tout droit Régénération à sa ruine
(...)." (dossier 334).
Quant aux témoignages
indirects, ils se trouvent, notamment, dans le dossier 334. Une lettre du 28
juillet 1908, adressée par un inconnu (signature maçonnique) à Eugène
Humbert, rend compte de la brouille entre les "deux partis
frères ennemis". L'auteur de cette lettre souhaite, de même, dit-il, que
Nelly Roussel, cesser sa collaboration rédactionnelle avec
Régénération (voir, de plus, les lettres de Humbert (25
novembre 1909) et d'Urbain Gohier (27 novembre 1909) dans
ce même dossier 334).
Pour compléter ces quelques lettres, il est possible
de se reporter aux journaux Régénération et Génération
Consciente.
Les biographies de Paul Robin
et d'Eugène Humbert, respectivement écrites par
Gabriel Giroud, Paul Robin (1937) (à
l'IIHS) et par Jeanne Humbert, Eugène
Humbert, la vie et l'oeuvre d'un néo-malthusien (1947) (à l'IIHS)
relatent également cette séparation. Il est à noter que ces deux livres donnent
des versions quelque peu différentes des causes de la rupture entre
Humbert et Robin.
- Génération Consciente
Génération
Consciente, fondé par Humbert en 1908, paraîtra
régulièrement jusqu'à la Première Guerre mondiale. C'est un journal prospère.
Eugène Humbert rétribue tous ses collaborateurs à
l'exception de Gabriel Giroud qui le refuse. Selon Jeanne
Humbert (lettre du 14 novembre 1971 à René Bianco)
Génération Consciente aurait eu plus de 10.000 abonnés.
Cette prospérité lui a permis de survivre, car, en quelques années, le journal
va subir un total de plus de 7.000 francs-or d'amendes.
Un des moyens de
mesurer l'importance des persécutions subies par les néo-malthusiens et des
sympathies qu'ils pouvaient mobiliser peut être l'étude des documents touchant
à la campagne de la "Lettre ouverte à Monsieur le Sénateur
Bérenger" lancée en 1911.
Le récit de cette
initiative peut se trouver dans Génération Consciente mais
le fonds d'archives Humbert livre, de plus, une masse
d'informations importante.
Dans le dossier 953, notamment, figurent
quelques unes des signatures accordées pour cette lettre ouverte, celle
d'Anatole France, Sylvie Camille Flammarion, Xavier
Privas, Maurice Magre et Victor Margueritte... Le 3
novembre 1911, Nelly Roussel écrit: "Contre ces
gens-là, contre leur hypocrisie malfaisante, je signerai tout ce qu'on
voudra" (dossier 275).
Pour ce qui est des refus de soutien, le
dossier 334 est à signaler. Il révèle quelques incohérences dans les prises de
position de certains néo-malthusiens et sympathisants. Ainsi, le député
socialiste Sixte-Quenin, après avoir soutenu l'inscription des néo-malthusiens
sur la liste des amnistiés (lettre du 11 juin 1910), se rétracte-t-il dans une
lettre adressée à E. Humbert datée du 13 mai 1911, où il
signifie son refus de signer la lettre ouverte. Jean
Marestan, en désaccord avec la méthode employée, ne signera pas la
pétition (lettre du 17 avril 1911, dossier 334).
Pour ce qui est des
réactions provoquées par cette lettre ouverte dans les milieux natalistes et
catholiques, on peut lire, dans le dossier 335, la réponse brutale d'Etienne
Branly (23 mars 1912). Voir, également, les lettres de Gabriel
Giroud (dossier 136). Celle du 2 juin 1911, où il évoque la joie de
Paul Robin d'avoir été dénoncé par Marc Sangnier comme
l'instigateur de cette campagne, celles des 14 juin et 26 août 1911 (collection
complète de Génération Consciente à l'IIHS).
- La Grande Réforme (Eugène Humbert)
Fondée par Humbert en 1931, La Grande Réforme aura cent numéros avant de disparaître avec la Seconde Guerre mondiale. Certainement moins diffusé que Génération Consciente, ce journal devait néanmoins avoir un nombre d'abonnés relativement important puisque les ressources provenant de la vente des préservatifs étaient devenues très modestes (collection complète à l'IIHS.
- La Grande Réforme (Jeanne Humbert)
Fondé par Jeanne Humbert en 1946, ce journal aura 32 numéros avant de disparaître, faute de moyens, en 1949. Selon le journal intime de Jeanne Humbert (10 juin 1949, dossier 414) il n'aurait jamais atteint le chiffre de 400 abonnés (collection presque complète à l'IIHS).
- Autres journaux
Après la rupture entre Robin et
Humbert, Le Malthusien (dirigé par Albert Gros) se
présente comme le successeur de Régénération. Il vivra jusqu'en 1914 et aura,
après la guerre, un seul numéro avant de se saborder lors du vote de la loi
1920.
Durant l'hiver 1910-1911, s'est créée une Fédération des Groupes
Ouvriers Néo-malthusiens, constituée essentiellement d'anciens militants et
sympathisants de la Ligue de la Régénération Humaine, qui, en mars 1911, lance
le journal Rénovation qui paraîtra jusqu'à la guerre.
A partir de 1916,
Gabriel Giroud tente de faire renaître une presse
néo-malthusienne. Il fonde Le Néo-malthusien, immédiatement interdit, puis, La
Grande Question, enfin, le Néo-malthusianisme qui subissent le même sort. En
mars 1919, il reprend Le Néo-malthusien qu'il éditera jusqu'au numéro de
juin-juillet 1920.
Avant la Première Guerre mondiale, le succès du
néo-malthusianisme incitera certains journaux révolutionnaires à publier des
articles, et même des brochures, sur la limitation des naissances, parfois, à
vendre des préservatifs. Sans être véritablement un journal néo-malthusien, La
Femme Affranchie de Gabrielle Petit accorde une très large place à ce thème
tandis que sa directrice prononce des conférences sur le sujet et reçoit en
consultation ses lectrices.
Les archives de Jeanne
Humbert ne sont pas les archives du néo-malthusianisme.
Elle n'a pas conservé les journaux concurrents qu'elle devait certainement
lire. Seuls, quelques numéros du Néo-malthusien s'y trouvent. On peut,
toutefois, consulter à l'IIHS plusieurs numéros de Rénovation des années 1911,
1912, et 1913, l'essentiel des numéros du Malthusien des années 1908-1909 à
1914, et une collection complète des journaux publiés par
Giroud (sous le pseudonyme de G. Hardy).
b. Les conférences
Les orateurs des
organisations néo-malthusiennes ont prononcé, dans des lieux allant des
arrières salles de cafés aux plus grandes salles parisiennes, un nombre
incalculable de conférences. Jusqu'à la loi de 1920, l'ordre du jour de la
plupart des petites conférences correspondait aux objectifs de la propagande. A
une première partie, consacrée aux questions démographiques, succédait une
initiation au processus de la reproduction et aux techniques contraceptives. La
soirée se terminait fréquemment par une quête en faveur de grévistes ou de
camarades condamnés, souvent par des chansons et parfois par un bal. Pour les
grands meetings, qui regroupaient 1.000 à 2.000 auditeurs, généralement
organisés pour protester contre la répression, on faisait appel à des orateurs
susceptibles d'emplir une salle. Si la deuxième partie pouvait être
"artistique": prestation de chanteurs, récitation de poésies, etc.,
on n'y faisait jamais d'exposé pratique sur la contraception.
Dans les
années 1930, Jeanne Humbert prononce un très grand nombre
de conférences pour présenter ses livres relatant ses séjours en prison, sur le
nudisme, sur la libération sexuelle, sur les questions démographiques et,
surtout, dans le cadre de la campagne menée par la Ligue
Internationale des Combattants de la Paix.
Les informations
concernant ces conférences sont très abondantes. Elles étaient surveillées et
les archives de la police en témoignent amplement. Les plus importantes d'entre
elles font l'objet d'un compte-rendu dans les journaux néo-malthusiens. Les
archives de Jeanne Humbert contiennent des affiches et des
tracts appelant à y assister (dans le dossier 332, une vingtaine de tracts
appelant à des conférences de la Ligue de la Régénération Humaine. Dans le
dossier 336, une vingtaine de tracts pour des conférences de
Génération Consciente. Dans le dossier 923, une
cinquantaine de tracts et d'invitations pour des conférences de Jeanne
Humbert. Un très grand nombre de coupures de presse sur
les conférences prononcées par Jeanne Humbert au cours des
années 1930 dans le dossier 922). On y trouve également les textes d'un certain
nombre de discours, des collections d'articles qui leur ont été consacrés.
Les expériences de l'oratrice Jeanne Humbert sont souvent
relatées dans sa correspondance.
c. Feuillets, brochures, livres, etc.
L'IIHS possédait un très grand
nombre d'imprimés produits par les néo-malthusiens que la collection de Jeanne
Humbert a grandement enrichi. Ainsi se trouve réuni une
documentation presque complète, sans équivalent en France, où, suite à la loi
de 1920, beaucoup d'ouvrages, et en particulier ceux contenant la description
des procédés contraceptifs et abortifs, ont disparu des bibliothèques. Il faut
savoir que certains livres écrits par les néo-malthusiens ont connu une très
importante diffusion. Les Moyens d'éviter la grossesse de Gabriel
Giroud se sont vendus à plus de 100.000 exemplaires, L'éducation
sexuelle de Jean Marestan à plus de 200.000
exemplaires.
Les recherches sur le néo-malthusianisme ne doivent pas
négliger d'autres sources et, en particulier, la production des artistes
anarchistes ou anarchisants. Les poètes et chansonniers (J.B. Clément, Gaston
Couté, J. Rictus, Montéhus, Charles d'Avray, etc.), les
dessinateurs (surtout l'équipe de l'Assiette au beurre - collection complète à
l'IIHS - ). Dans les dossiers lettres de Charles d'Avray
(1907, 1937) (dossier 14), de Léon et Ana de Bercy (1908, 1913 et s.d.)
(dossier 29), Paul-Napoléon Roinard (1917 et s.d.)
(dossier 272), Han Ryner (1936-1937) (dossier 279)...
d. Relations internationales
La
fin du XIXème siècle a vu la multiplication des congrès, des expositions, des
organismes internationaux. Les organisations ouvrières et socialistes ont
participé à cette évolution et les néo-malthusiens l'ont fait à leur tour.
Le premier Congrès international néo-malthusien a lieu à Paris, à l'occasion de
l'Exposition universelle de 1900. Paul Robin, les docteurs
Drysdale et Rutgers, Emma Goldman...
y participent. La création d'une Fédération universelle de la Régénération
humaine y est décidée. Le deuxième Congrès international néo-malthusien fut
organisé à Liège en 1905. Lors du troisième Congrès (La Haye, 1910), est mis en
place un bureau international néo-malthusien. Un autre Congrès eut lieu à
Dresde en 1911.
Après la guerre de 1914-1918, il est plus juste de parler
de congrès des mouvements en faveur du birth control, beaucoup moins politisés,
que de congrès néo-malthusiens. C'est déjà le cas à Amsterdam en 1921. Le
Congrès de Zurich, en 1930, prend le nom de "Congrès international du
birth control".
Le principal avantage de cette coopération
internationale a rapidement été d'organiser l'aide matérielle en faveur des
mouvements et des militants touchés par la répression. En particulier, en
faveur des Français.
Concernant les relations établies par les
néo-malthusiens de différents pays telles que nous les présentent ces dossiers,
je m'en tiendrai à l'exemple de l'année 1911.
Le dossier 334 regroupe des
lettres reçues à Génération Consciente.
Dans une
lettre du 3 mars 1911, Max Hausmeister, Die Soziale
Harmonie (Stuttgart) craint le vote d'une loi interdisant la vente des
préservatifs en Allemagne: âgé de 71 ans, malade, il pense devoir arrêter la
publication de son journal. Le 15 mars 1911, une lettre du journal Hornické
Listy affirme qu' "un grand nombre de causeries et conférences ont déjà eu
lieu dans toute la Bohème", des brochures néo-malthusiennes ont été
traduites en tchèque, et demande de clichés d'illustrations. On peut lire,
également, une lettre d'Hélène Stöcker, Die
Neue Generation (Berlin) du 30 novembre 1911. Plusieurs lettres de
Charles Drysdale, de la ligue néo-malthusienne anglaise,
sur la préparation du Congrès international de Dresde. Il souhaite que l'on
évite de parler de la répression pour conserver au Congrès son caractère
scientifique.
Les nombreuses lettres et cartes postales adressées par le
docteur Rutgers de La Haye (dossier 278) touchent de
nombreux aspects de la coopération internationale néo-malthusienne. Voir
également les lettres de Fernand Mascaux, fondateur du mouvement néo-malthusien
belge (dossier 214).
Les lettres de Gabriel Giroud
(dossier 136) sont également très éloquentes. Souscription en faveur du camelot
néo-malthusien britannique James White, qui devait mourir en prison. Aide du
Bureau International Néo-malthusien à Humbert pour l'aider
à supporter les frais de sa récente condamnation. Préparation du Congrès de
Dresde...
Pour ce qui est de la période de l'Entre-deux-guerres, l'un des
thèmes d'étude les plus intéressants peut être celui du regard des
néo-malthusiens français sur l'évolution des Anglo-saxons vers le
birth-control. Je pense, en particulier, à des lettres de Gabriel
Giroud (dossier 136) adressées à Humbert
pendant l'été 1921: "Les Anglais marchent admirablement comme les
Américains. (...) Ils sont en général favorables au birth-control. Et nos amis
exploitent comme il faut les dispositions favorables du gouvernement, de la
presse, de l'opinion publique." "Le Dr. Drysdale (...) m'annonce que
les cliniques de préservation sexuelle se multiplient en Angleterre et que les
prêtres, même les prêtres catholiques, commencent à s'intéresser sérieusement à
la question pratique." "Margaret Sanger me convoque pour novembre...à
New York, Congrès de contrôle des naissances..." "Les Anglo-Saxons
prennent la tête de tout, non seulement en néo-malthusianisme, mais en
puissance économique, financière etc.. Ce sont des dolichocéphales blonds aux
yeux bleus qui deviendront les maîtres du monde, selon la prédiction de M.
Vacher de Lapouge. (...) L'action menée en Amérique est peut-être plus
énergique encore que celle des Anglais. Margaret Sanger
est une femme fort énergique et qui a bravé les persécutions. Il semble qu'elle
soit soutenue par une pléiade de médecins éminents dont W.
Robinson, le président de la plus grande association médicale
américaine et Havelock Ellis, l'auteur d'ouvrages sur la
pathologie sexuelle.
Mais je n'irai pas en Amérique pour beaucoup de
raisons."
Si les anglo-saxons sont accusés d'avoir abandonné le
néo-malthusianisme pour le birth-control, leur aide sera précieuse,
particulièrement aux Humbert, pour payer leurs amendes
(voir les lettres de Margaret Sanger et du Dr.
Robinson).
III. Réactions favorables et hostilités
1. Relations avec les mouvements politiques et philosophiques
Le néo-malthusianisme le plus orthodoxe est une
doctrine bâtie autour d'une idée, la nécessité de la limitation des naissances,
qui s'oppose à toutes les théories politiques antérieures. C'est une véritable
panacée qui, aux yeux de ses partisans, rend caduques toutes les autres thèses
visant à améliorer le sort de l'humanité. La croissance économique souhaitée
par les libéraux n'aura aucun effet bénéfique si elle s'accompagne d'une
croissance démographique non contrôlée et plus rapide. Le progrès social
souhaité par les socialistes réformistes sera interdit par le déséquilibre
croissant entre des populations prolifiques et une production obligatoirement
limitée. Aux rêves des révolutionnaires s'opposent deux réalités
incontournables. La première est que l'armée des opprimés ne disposera jamais
de forces suffisantes tant qu'elle ne pourra recruter que parmi des individus
handicapés par l'asservissement social et par des charges familiales
écrasantes. Si la révolution était néanmoins victorieuse, la deuxième objection
soulevée par les néo-malthusiens prendrait le relais: la société idéale devrait
maintenir l'équilibre entre la population et les ressources disponibles.
Ce qui précède explique l'hostilité au néo-malthusianisme de toutes les écoles
politiques constituées autour d'une théorie rigide. C'est le cas, chez les
anarchistes, des communistes, bakounistes et kropotkiniens.
Marx ayant condamné les théories de
Malthus et Lénine le néo-malthusianisme, l'opposition des
communistes marxistes sera constante. Le rejet des thèses malthusiennes et
néo-malthusiennes par les leaders socialistes, tant réformistes que
révolutionnaires, est aussi générale. Pour la droite, les idées de
Malthus pouvaient être acceptables -elles l'ont été au
XIXème siècle- mais, ne serait-ce que pour ne pas s'aliéner l'opinion
catholique, celles des néo-malthusiens ne le sont pas.
D'autre part, la
frontière tracée entre nationalisme et patriotisme a toujours été effacée par
l'exigence commune de disposer d'importants effectifs de conscrits.
Il
reste, enfin, qu'il ne sied pas à un homme politique susceptible d'accéder aux
fonctions les plus hautes de montrer de l'intérêt pour des questions relatives
à la sexualité, surtout s'il s'agit de défendre des pratiques
traditionnellement condamnées.
Pour toutes ces raisons, le
néo-malthusianisme n'a pu toucher que des esprits peu attachés aux dogmes
partisans: beaucoup d'anarchistes individualistes, les hervéistes et des
personnalités indépendantes chez les socialistes, quelques républicains
radicaux...
Les héritiers de la philosophie des "lumières",
francsmaçons, libres penseurs... donnèrent souvent l'image de la même rigidité,
ou, du moins, des mêmes réticences.
L'hostilité des hommes politiques à
l'égard des théories démographiques malthusiennes ne suffit pas à expliquer
l'oubli des principes démocratiques dont beaucoup d'entre eux firent preuve
lorsqu'ils ont eu à juger des persécutions judiciaires subies par les
néo-malthusiens ou de l'interdiction de la contraception et de
l'avortement.
Sur ces deux points, l'attitude de la gauche apparaît très
déconcertante, et même, à première vue, contradictoire. En 1924, les députés
communistes demandent l'amnistie en faveur des condamnés victimes des lois de
1920 et 1923. Cette proposition est repoussée par la Chambre du "Bloc des
gauches".
En 1933, incité par la Ligue des Droits de l'Homme, le
député radical Henri Gernut propose l'amnistie des condamnés pour
"propagande anticonceptionnelle", tandis que le député communiste
Clamamus demande que soient amnistiés tous les condamnés au titre de la loi de
1920. L'amendement Gernut est adopté, l'amendement Clamamus repoussé, mais
Vincent Auriol, Léon Blum, Jean
Longuet, Jules Moch... l'ont voté. En 1933, Sixte-Quenin, député
socialiste, demande la légalisation de la propagande antinataliste, et un
groupe de députés communistes la liberté de la contraception et de
l'avortement, propositions non discutées. En 1936, le Front Populaire au
pouvoir refuse d'inscrire les néo-malthusiens parmi les bénéficiaires de sa loi
d'amnistie. Lors de ses épisodiques passages au gouvernement, la gauche est
inactive sur ces sujets, en revanche, c'est elle qui par ses suffrages
unanimes, permet l'adoption des projets défendus par les députés de droite
Lucien Neuwirth en 1967 et Simone Veil en 1975.
Comme illustration de
l'hostilité des communistes anarchistes, voir la lettre de Paul
Reclus (dossier 199). Le "journal" de Jeanne
Humbert (dossier 414 et 415) exprime souvent de fortes
rancoeurs à l'égard des hommes politiques de gauche, bien que ceux-ci aient
fréquemment répondu favorablement aux sollicitations qui leur ont été adressées
dans les heures les plus difficiles. Deux exemples: le 14 janvier 1911, une
lettre de Pierre Brizon, député socialiste: "Je suis
tout disposé à me joindre à nos amis pour réclamer le régime politique qui vous
est dû. Mais n'avez-vous pas d'autres réclamants que des socialistes? Nous
sommes bien mal vus - et pour cause!"
Après son inculpation de 1933
et sa condamnation de 1934, Jeanne Humbert reçoit de
nombreuses lettres de soutien (Paul Langevin, Henri
Barbusse, Berty Albrecht, Victor
Margueritte, Victor Basch - président de la Ligue des
Droits de l'Homme-, Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes...) et
des promesses d'intervention. Néanmoins, en juillet 1933, dans une lettre à
Emile Bauchet, elle écrit: "La maçonnerie s'occupe, la L.D.H. aussi, mais
je sais fort bien que ni d'un côté, ni de l'autre, on ne se compromettra pour
moi".
2. Relations avec les organisations syndicales
Les syndicalistes révolutionnaires,
majoritaires au sein de la CGT (alors seule Confédération Syndicale Française)
jusqu'en 1912, et, encore très puissants après cette date, ont apporté un appui
massif et précieux aux néo-malthusiens. Les syndicats prêtent des salles pour
les conférences, abritent des groupes néo-malthusiens, votent des motions
d'appui à leurs thèses et incitent leurs membres à adhérer à leurs
organisations ou à lire leurs journaux ...
Après la guerre, le nouveau
visage des milieux socialistes et syndicaux est on ne peut plus défavorable aux
néo-malthusiens. Les grandes centrales leur sont désormais hostiles. Les seuls
témoignages de sympathie qu'ils recevront ne viendront désormais que des
petites organisations syndicalistes révolutionnaires, de groupes d'instituteurs
ou, à la CGT, du syndicat des correcteurs de presse demeuré favorable aux idées
libertaires. Aussi, comme beaucoup de vieux militants sans fortune ni retraite,
Jeanne Humbert deviendra correctrice. Débutante à 68 ans,
elle ne quittera ce nouveau métier qu'à plus de 80 ans, lorsqu'on l'obligera à
le faire.
Dans les dossiers carte postale de Paul
Delesalle (1907) (dossier 82), lettre de Georges Yvetot (1909)
(dossier 313). Dans le dossier 683, de Louis Louvet qui,
secrétaire du Syndicat des Correcteurs, permettra à Jeanne
Humbert de devenir correctrice.
3. Néo-malthusianisme et féminisme
Si
l'histoire du néo-malthusianisme fait incontestablement parti de l'histoire du
féminisme, peut-on pour autant dire que le néo-malthusianisme est une doctrine
féministe? Paul Robin a constamment fait preuve d'un réel
engagement féministe. A Cempuis, en pratiquant une mixité totale. Dès ses
premiers feuillets de propagande: Aux gens mariés!, Femmes, Soeurs bien-aimées!
comme dans l'ensemble de ses écrits. En se faisant exclure du Grand Orient pour
avoir adhéré à la maçonnerie mixte. En plaçant en tête des six exigences
définissant, pour lui, le contraceptif parfait: "1- Dépendre uniquement de
la femme"...
Ses disciples n'ont pas toujours, comme il le faisait,
privilégié les femmes dans leurs réflexions. Ils étaient cependant conscients
que le succès de leurs efforts dépendait principalement de leur aptitude à les
convaincre et que leur action ouvrait de réelles perspectives d'émancipation
féminine. Il y eut, également, de grandes figures du mouvement féministe qui
participèrent au combat néo-malthusien: Nelly Roussel,
Madeleine Pelletier, pour ne citer qu'elles.
A l'encontre de ce qui
précède, on peut observer que les femmes ont toujours été peu représentées
parmi les militants néo-malthusiens, mais, surtout, que les organisations
féminines ou féministes constituées se sont généralement montrées très hostiles
au néo-malthusianisme. Ainsi, en 1911, le Conseil National des Femmes
Françaises, qui regroupait 80 associations, a créé une "Ligue contre le
crime d'avortement" qui réclama des poursuites contre la propagande
néo-malthusienne. La majorité des femmes organisées était d'opinion modérée,
et, jusqu'en 1944, se regroupait autour de la revendication du droit de vote,
ce qui, bien sûr, paraissait dérisoire aux néo-malthusiens.
Si le lien
entre le néo-malthusianisme et le féminisme ne fut pas toujours admis ou même
envisagé par la majorité des féministes, le fonds Jeanne et Eugène
Humbert conserve toutefois la trace de nombreuses militantes parmi
lesquelles se détachent les figures fort différentes de Nelly
Roussel et d'Henriette Alquier.
Ralliée
très tôt aux thèses néo-malthusiennes développées par Paul
Robin, auquel elle rendra en 1912 dans Génération
Consciente un triste et pieux hommage (voir la lettre adressée à
Eugène Humbert le 19 septembre 1912), Nelly
Roussel eut une correspondance relativement importante avec
Eugène Humbert, témoignage de sa collaboration suivie à la
presse et, plus généralement, à la propagande néo-malthusienne. Outre cette
correspondance (1904-1914), réunie dans le dossier 275, se trouvent quelques
tracts de conférences animées par la grande oratrice dans le dossier 332.
L'étude de ces lettres à caractère professionnel (publication d'articles,
correction d'épreuves, préparation de conférences...) permet de compléter, ou
du moins de confirmer, les traits psychologiques souvent accordés à
Nelly Roussel: ceux d'une femme intelligente et
déterminée. Son style est particulièrement précis, efficace, parfois virulent,
toujours vivant.
Sa fille, Mireille Godet, le souligne dans une lettre
adressée à Jeanne Humbert le 5 décembre 1971: "Dans
ces lignes on retrouve toute sa fougue, tout son enthousiasme" (Dossier
591).
Pour compléter ce portrait de Nelly Roussel, il
faudra se reporter au dossier 139 qui contient les lettres de son mari, le
sculpteur Henri Godet. Celles-ci révèlent la relation particulièrement étroite
des deux compagnons tant dans le domaine public que privé. C'était en effet
Henri Godet qui très souvent se chargeait du courrier de Nelly
Roussel et l'assistait dans l'organisation technique de ses
prestations publiques. Il entreprendra, plus tard, de publier les textes de ces
conférences dont beaucoup resteront néanmoins inédits: Nelly
Roussel improvisait fréquemment ses interventions.
Autre
période, autre figure du féminisme: celle d'Henriette Alquier.
Contrairement à Nelly Roussel, cette institutrice
communiste exerçant dans l'Hérault n'était pas liée au mouvement
néo-malthusien. Pourtant, en 1927, elle prend la responsabilité de publier,
dans le Bulletin des Groupes Féministes de l'Enseignement Laïque (supplément de
l'Ecole Émancipée), un article, "Maternité fonction sociale", dans
lequel elle reproduit l'argumentation néo-malthusienne en décrivant la détresse
des familles ouvrières. Elle ajoute à cette analyse, en opposition avec la loi
de 1920, un programme d'éducation sexuelle et prénuptiale, destiné aux
adolescents et adolescentes, qui eut fort satisfait l'éducateur Paul
Robin.
Henriette Alquier, institutrice, menaçait ainsi aux yeux
des natalistes (parmi lesquels Georges Perrot et Edouard Herriot qui furent ses
accusateurs) non seulement l'avenir démographique de la France, mais aussi la
santé morale de la jeunesse française.
Le dossier 4 est consacré à
l'affaire Henriette Alquier (jugée le 10 décembre 1927 à Saumur). La
correspondance entretenue de mai 1927 à juillet 1929 avec Eugène
Humbert rend compte du soutien des groupes néo-malthusiens et de
l'ensemble des progressistes du moment, soutien qui aboutira à l'acquittement
d'Henriette Alquier.
La longue hostilité des organisations féministes au
néo-malthusianisme n'a pourtant pas empêché de nombreuses jeunes militantes,
dans les années 1970 et dans le contexte des luttes pour la liberté de
l'avortement, de retrouver l'adresse de Jeanne Humbert,
qui n'hésitait pas à se montrer fort critique à l'égard des femmes mais dont le
combat leur semblait précurseur de celui qu'elles livraient.
Pour un abord
plus général de ce thème, on pourra se reporter au dossier 950 qui contient des
coupures de divers journaux traitant du féminisme.
4. Moralistes et natalistes
Si la natalité a
baissé en France depuis la fin du XVIIIe siècle, un siècle plus tôt que dans
les autres pays européens, l'influence du malthusianisme et l'insuffisance des
méthodes statistiques ont fait que les premiers signes d'inquiétude face à
cette évolution ne se manifestent qu'à la veille de la guerre de 1870. Du
reste, en 1851, avec près de 36 millions d'habitants, la France occupait le
deuxième rang parmi les grandes puissances. En 1871, elle a rétrogradé à la
quatrième place, derrière l'Allemagne qui a annexé l'Alsace et la Lorraine. En
1875, c'est le nombre annuel des naissances qui commence à baisser.
L'Allemagne, alors que l'on attend l'heure de la "revanche", voit sa
population s'accroître, par excédent naturel, trois ou quatre fois plus vite
que la France. Dès lors, la France va connaître pour longtemps une fièvre
nataliste, officielle et militante, unique par sa constante virulence.
Les
natalistes trouvent des alliés naturels chez les défenseurs de la moralité
publique, chrétiens ou républicains. Ainsi, les néo-malthusiens ont la
satisfaction de voir la natalité reculer régulièrement -bien que pas assez vite
à leur goût-, mais, parallèlement, se trouvent exposés à la haine croissante de
ceux qui les accusent d'attenter aux bonnes moeurs et de ceux qui les désignent
comme les fossoyeurs de la France. Ces dénonciateurs trouveront toujours une
oreille attentive du côté des autorités qui vont s'employer à réprimer ces
"agissements licencieux et criminels".
Le sénateur
René Bérenger, président de la Fédération des Sociétés
contre la Pornographie, qui faisait la joie des chansonniers montmartrois et
des caricaturistes, est fréquemment et violemment attaqué dans ces archives. En
plus de la campagne de pétitions pour la "Lettre ouverte..." (voir,
ci-dessus, Génération Consciente) on peut donner en
exemple la lettre (sans date) du député Paul Vigné d'Octon classée dans le
dossier 335:
"L'érotomanie du sieur Bérenger,
huguenot et sénateur, est aujourd'hui de notoriété universelle. (...) Enfin,
pour toutes ces raisons, Bérenger restera une des figures
les plus curieuses de notre époque. Si Balzac l'avait
connu il est permis d'affirmer que la Comédie humaine compterait un type de
plus dont la laideur physique et morale eut empli et vivifié un nouveau chef
d'oeuvre."
Vigné d'Octon cite alors un poème, oeuvre d'un de ses
confrères, qui amuserait beaucoup tous ses collègues de la Chambre:
"Dans nos jardins en fleurs, à la saison bénie,
Satyres et héros,
éphèbes, demi-dieux
Au soleil printanier se pâmaient radieux,
Et
c'était comme un coin de la douce Hellénie.
L'hirondelle frôlait leurs saintes nudités,
Les ramiers roucoulaient
sous leurs socles de marbre,
Ils souriaient, heureux, dans la
sérénité
De l'ombre qui tombait paisible des vieux arbres.
Mais
Bérenger veillait; et voici qu'en avril
Quand
palpitent les nids dans les frondaisons vertes
On leur mit une feuille en
zinc sous le nombril:
Et rirent les moineaux dans les allées
couvertes.
Cela fut fait pour plaire au ci-dessus nommé
Par quelque
Dujardin plus ou moins embaumé
Or quelques jours après, notre quart de
ministre
Se trouvant nez à nez avec le fameux cuistre:
-" Eh
bien! cher Sénateur, vous voilà satisfait?"
-" Heu! comment le
serai-je? Il n'y a rien de fait."
-" Comment rien?" -"
Oui, rien, rien, excusez que je risque
Ce mot. Car vous avez oublié
l'obélisque."
Les obsessions de Bérenger et
de ses semblables coûtaient cependant très cher aux artistes et aux
propagandistes qui attiraient son attention vigilante. Gustave Cauvin, le très
dynamique et imaginatif animateur de la Fédération des Groupes Ouvriers
Néo-malthusiens, en témoigne dans une lettre du 22 octobre 1913 conservée dans
le même dossier.
Après le moraliste René Bérenger, la
principale bête noire des néo-malthusiens fut le nataliste effréné Fernand
Boverat, également mentionné souvent dans ces archives.
5. Procès et prisons
La législation française
ne permettant pas, jusqu'en 1920, de réprimer la propagande néo-malthusienne,
ceux qui s'y livrent vont, jusqu'à cette date, être jugés, et souvent
condamnés, pour atteinte aux bonnes moeurs ou pornographie. Les procès qu'ils
subissent, généralement sur plainte des ligues de défense de la moralité
publique, sont très nombreux. Les peines prononcées vont de l'amende à la
prison ferme. Avant la Première Guerre mondiale, on ressent toutefois certains
scrupules des républicains au pouvoir à se prêter à de telles manoeuvres. Il
est significatif de voir qu'Eugène Humbert, "le
pornographe", est régulièrement admis, lors de ses séjours à la prison de
la Santé, dans le quartier, au régime très privilégié, des prisonniers
politiques. La situation est différente après le vote de la loi de 1920 qui
interdit la propagande anti-nataliste et la divulgation des procédés
contraceptifs et abortifs. Les condamnations sont beaucoup plus nombreuses, les
peines beaucoup plus lourdes et leurs conséquences beaucoup plus graves. En
1921, Eugène Humbert est condamné à cinq ans de prison
pour insoumission et propagande anti-nataliste. Jeanne
Humbert est condamnée à deux ans de prison lors du même
procès, et, en 1923, à une nouvelle peine de deux ans pour complicité
d'avortement. En 1943, Eugène Humbert est condamné à
dix-huit mois de prison pour provocation à l'avortement et propagande
anticonceptionnelle. Il mourra dans le bombardement de la prison d'Amiens.
Madeleine Pelletier, poursuivie, en 1939, pour complicité d'avortement, est
placée dans un asile psychiatrique où elle mourra. En juillet 1943, une
avorteuse est guillotinée.
L'attitude des tribunaux avant le vote de la
loi de 1920 est fort bien résumée par une lettre du 26 mars 1911 où l'avocat
d'Eugène Humbert lui annonce le rejet de son pourvoi en
cassation: "La cour - tout en constatant que la propagation de la doctrine
néo-malthusienne ne constitue pas par elle même, en l'état de la législation,
un délit (...) - a estimé que certains articles contenaient des passages
descriptifs contraires aux bonnes moeurs, par leurs expressions et leurs
descriptions, abstraction faite de leur but".
Après que la loi ait
permis de réprimer la propagande néo-malthusienne pour elle-même, les juges
préféreront souvent, pour éviter de soulever des protestations ou afin de
prononcer de plus lourdes peines, fonder leurs actions sur des accusations de
complicité d'avortement. Des procédures assez discutables permirent alors de
poursuivre le couple Humbert sous de tels chefs
d'inculpation. Ainsi, en 1923, à Orléans, Jeanne est-elle condamnée à deux ans
de prison pour avoir été complice d'un avortement dont les auteurs sont
acquittés. En 1943, dans une affaire où il n'y avait finalement pas eu
d'avortement, Eugène Humbert est inculpé de
"complicité de tentative" d'avortement.
Sur les conseils du
romancier anglais H.G. Wells, alors vice-président de la
ligue néo-malthusienne britannique, Jeanne Humbert a écrit
deux livres: Le Pourrissoir (1932) et Sous la cagoule (1933) pour relater ses
séjours en prison. Ces deux livres se trouvent à l'IIHS. Les pièces réunies
dans ce fonds comprennent également de très nombreuses lettres adressées par
Jeanne à Eugène, souvent pendant ses détentions (dossiers 318-319, 321),
d'aussi nombreuses lettres envoyées, dans les mêmes conditions, par Eugène à
Jeanne (dossiers 828-830), ou à sa fille (dossier 963).
A la veille de la
Seconde Guerre mondiale, des néo-malthusiens vont espérer prendre une nouvelle
fois la loi en défaut. Après Robin, qui, dans un poème,
avait chanté les perspectives offertes par les rayons X pour des opérations de
stérilisation, ils s'étaient régulièrement penchés sur les avantages de la
vasectomie. Selon leur habitude, aux études théoriques devaient succéder des
actes.
En 1932, la police autrichienne découvre qu'un groupe de médecins
et de militants libertaires, organisé par Pierre Ramus, a
stérilisé une centaine, au moins, d'hommes volontaires. Des arrestations
s'ensuivent et un procès qui conclut à un acquittement général (voir la carte
de Pierre Ramus à Eugène Humbert (19
mai 1933) dans le dossier 258). En 1935, éclate l'affaire des "stérilisés
de Bordeaux". Un Autrichien, Norbert Bartozec, et des libertaires
français, ont opéré plusieurs dizaines de volontaires. Ils sont poursuivis au
titre des articles 309 (sur les violences) et 316 (punissant la castration) du
Code pénal. Des condamnations de six mois à trois ans de prison (pour Bartozec)
sont prononcées. Le rôle actif joué par les Humbert dans
la défense des inculpés explique la présence d'importants dossiers consacrés à
ce procès. Dans le dossier 382, se trouvent de nombreux articles relatifs à
cette affaire. Dans le dossier 383, des lettres de Bartozec (signées
"No", traduites et écrites par Marie-Louise Lavagne), de son avocat,
Yves Charpentier, une copie du jugement...
Sur la vasectomie, voir
également le dossier 412, les lettres d'Alain Kersauze à Jeanne
Humbert (dossier 641) et sa thèse de médecine.
6. Combats pour le droit à la contraception et à l'avortement après la Seconde Guerre mondiale
Après la Seconde
Guerre mondiale, les mouvements auxquels avaient adhéré les
Humbert sont isolés et n'ont plus guère d'influence.
Jeanne Humbert reçoit encore des commandes de livres et
même, dans une lettre du 15 juin 1945, on lui demande "Avez-vous toujours
la possibilité de fournir des préservatifs "bonne qualité - grande
taille"?" Son principal souci est de faire revivre La
Grande Réforme. Un projet déjà annoncé dans une lettre du 2 décembre
1944 et qui se réalisera en 1946. Elle prononce à nouveau des conférences.
Faute d'argent et d'abonnés, il lui faut pourtant rapidement renoncer à faire
paraître son journal.
Dans les pays anglo-saxons, l´International Commitee
on planned Parenthood (fondé en 1948) se développe et s´inquiète de recevoir
nombre de sollicitations d´aide de femmes françaises. Il s´enquiert, auprès de
Jeanne Humbert, d´un organisme français vers lequel on
pourrait les diriger. Dans sa réponse, Jeanne Humbert, lui
dresse le sombre tableau de la situation française (lettre du 5 décembre 1952,
réponse du 20 avril 1953, dans le dossier 621).
En fait, sous l'influence
anglo-saxonne, la question du contrôle des naissances va désormais être posée
d'une toute autre façon. C'est un grave problème, qui exige des remèdes de type
malthusien, dans le Tiers-Monde prolifique. Dans les pays riches, dont la
natalité, passé le "baby-boom", a continué de baisser, ce n'est plus
qu'une exigence du respect des libertés individuelles.
C'est sur ces bases
que se développe, à partir de 1956, et après une campagne de presse de Jacques
Derogy dans Libération (articles regroupés dans le dossier 947), "La
Maternité heureuse", qui deviendra le Mouvement Français pour le Planning
Familial (MFPF), et que le parlement français autorisera la contraception en
1967 et l'avortement en 1974. Si le dernier carré des néo-malthusiens applaudit
à de telles mesures, il est manifeste qu'il ne peut y voir de triomphe de ses
idées. Ce, d'autant plus que la loi Neuwirth, autorisant la contraception, est
une nouvelle loi anti-malthusienne. Son article 5, adopté sans provoquer de
protestation d'un seul député ou sénateur, précise en effet: "toute
propagande antinataliste est interdite". Une disposition certainement
unique au monde. Le fantôme du néo-malthusianisme faisait encore peur.
Bien que le mouvement soit à l'agonie, on peut encore trouver dans ces
dossiers, outre le récit des efforts désespérés de Jeanne
Humbert, quelques renseignements sur l´activité des
derniers militants étrangers. Henri Gächter, propagandiste néo-malthusien
suisse, parle de la répression anti-malthusienne dans son pays et des peines de
prison qu´il a subies (21 août 1946). C. Daglio (de Torpona), délégué de
l´Universale Espéranto Asocia et de la S.A.T. "Association Mondiale des
Apatrides" demande des conseils pour développer la propagande en Italie et
en Allemagne.
Concernant l´Allemagne, un correspondant non identifié,
écrivant sur papier à en-tête des Nouvelles de France (Constance), s´inquiète
de la disparition du néo-malthusianisme en Allemagne. Il accuse les anarchistes
allemands d´être "très kropotkiniens et lapinistes excepté Willy F."
(23-12-49). Günter Müller, de Heidelberg, se signale
pourtant comme auteur d´un ouvrage malthusien: Der Weg ins Freie (lettre du
4-10-1950).
Une lettre en espagnol, du 13 juin 1950, décrit la difficile
situation des anarchistes dans l´Espagne franquiste (dossier 567).
Sur
les différences entre néo-malthusianisme et planning familial, voir la lettre
de Pierre Bellino (6 février 1962) (dossier 446), et de
Paule Lafont (16 janvier 1962) (dossier 650).
Dans une lettre de janvier
1973, Jeanne Humbert se félicite des billets chaleureux et
des livres que lui a adressés Marie-Andrée Weill-Hallé,
pour ajouter aussitôt: "mais ces gens là sont
"contraceptionnistes", mais pas "néo-malthusiens" dans
notre sens révolutionnaire.(...) Et ils préfèrent nous ignorer" (dossier
826).
Dans son journal (dossier 415), Jeanne Humbert
expose fréquemment, et parfois violemment, ce qui la sépare du MFPF, et, bien
qu'elle soit, en 1974, devenue adhérente du mouvement Choisir, des nouvelles
organisations luttant pour la liberté de l'avortement.
IV. Combats annexes
1. Education intégrale
Suivant une ancienne
tradition progressiste, il s'est rapidement développé chez les anarchistes une
tendance à lier la perspective révolutionnaire et l'avenir de la société future
à la formation d'individus conscients, et donc, à privilégier l'action
éducative. Après avoir été formé comme un enseignant traditionnel,
Paul Robin est devenu un important théoricien - et,
pendant qu'il dirigea l'orphelinat de Cempuis, un praticien - d'une pédagogie
novatrice, par ses buts comme par ses méthodes, qu'il voulait "Education
intégrale". Une des premières réunion de la Ligue de la Régénération
Humaine se tint chez l'anarchiste Francisco Ferrer, le
fondateur de L'Escuela Moderna. Pendant plusieurs années, Sébastien
Faure utilisa le revenu de ses conférences pour faire vivre un
orphelinat libertaire: "La Ruche". Gabriel
Giroud était instituteur et auteur d' Observations sur le
développement de l'enfant et de Cempuis, Education intégrale (1900, à l'IIHS).
Manuel Devaldès a écrit L'Education et la liberté (1900, à
l'IIHS)...
Dans sa brochure, L'Education intégrale (s.d., à l'IIHS),
Robin définit ses principes comme la "culture
harmonique de toutes les facultés: physiques, intellectuelles et
affectives", et précise ensuite : "il ne faut donner naissance qu'à
des enfants qui aient le plus de chances possibles d'être heureux et
utiles". Il peut se faire le vulgarisateur de la méthode de l'enseignement
musical dit de la "musique modale", de la sténographie Aimée Paris,
lorsqu'il publie sa brochure Dans l'eau - Nager sur le ventre, sur le dos - Le
sport - Plonger - Sauvetage (il avait fait creuser une piscine aux
pensionnaires de Cempuis et fondé à Mers-les-Bains une des premières colonies
de vacances) il en dédie l'édition de 1908 "aux enfants bien nés de toute
notre planète" (à l'IIHS).
Les néo-malthusiens considéraient que leur
action relevait de l'éducation et non de la propagande. Ils donnaient très
souvent leurs conférences - qui ressemblaient à de véritables cours - dans les
institutions d'éducation populaire: maisons du peuple, universités
populaires... En sens inverse, les enseignants étaient particulièrement
représentés parmi les abonnés de leurs journaux.
2. Eugénisme
L'eugénisme était inclus dans la
"bonne naissance" de Paul Robin et les
néo-malthusiens n'ont cessé d'y faire référence en tant qu'un des objectifs de
leur action. Il leur est même arrivé de le présenter comme leur principale
préoccupation. A partir de 1912, après le Congrès international d'eugénisme de
Londres, Le Malthusien se définit comme "Revue eugéniste". Le banquet
organisé en 1939 pour célébrer le centième numéro de La Grande
Réforme est annoncé "dîner eugéniste" (dossier 387).
La préoccupation eugénique est certainement la seule que les néo-malthusiens
aient partagé avec un bon nombre de leurs adversaires natalistes. Il ne s'agit
toutefois pas du même eugénisme. Si les natalistes sont surtout préoccupés par
la nécessité de maintenir la pureté de la "race française" contre les
dangers d'invasion guerrière ou pacifique, les néo-malthusiens, en souhaitant
prévenir les naissances indésirables incluent sous cette formule celles qui
pouvaient être porteuse de "tares héréditaires". L'eugénisme qui
devait inspirer les pires doctrines criminelles, a exercé une très forte
influence à la fin du XIXème siècle et pendant la première moitié du XXème.
Cette influence se manifeste dans ces archives par quelques formules choquantes
(par exemple le mot "taré", alors d'usage courant) et par
l'approbation de mesures inquiétantes telles que les stérilisations imposées
aux Etats-Unis, en Allemagne, au Mexique... On n'y trouve toutefois aucune
trace des déviations qui ont inspiré les plus monstrueux excès: racisme,
xénophobie... si présentes, à la même époque, dans de nombreux courants de
l'opinion. Dans le livre qu'elle a consacré à son époux, Eugène
Humbert, Jeanne Humbert écrit (p. 219):
"L'eugénisme, pour eux, n'était que le petit côté de la question et s'ils
semblaient lui donner tout d'abord une place prépondérante, c'était pour
atteindre à la question primordiale, à la question majeure de la limitation
méthodique des naissances, sans trop attirer l'attention cafarde des
cacogénistes tapageurs et patentés."
Liés à l'eugénisme, on peut
également consulter dans ces dossiers des lettres adressées à Jeanne
Humbert par Louise Hervieu (romancière, handicapée
héréditaire, qui combattit avec succès pour la mise en place du carnet de
santé) (dossier 618), des revendications de la liberté du suicide et de
l'euthanasie, dont un poignant dossier établi par deux infirmes.
3. Pacifisme
Malthus incluait les guerres dans les "obstacles
répressifs" qui rétablissent brutalement et cruellement l'équilibre entre
les effectifs humains et les subsistances disponibles. Les socialistes
révolutionnaires, les anarcho-syndicalistes et les anarchistes combattaient
activement le militarisme et le nationalisme. L'engagement pacifiste des
néo-malthusiens a naturellement été constant. Ce fonds d'archives est donc
aussi important pour l'étude du pacifisme que pour l'étude du
néo-malthusianisme.
Sur le pacifisme de Robin, le peu
de manuscrits conservés impose de recourir aux sources imprimées.
Humbert a été lié aux plus grandes figures du
pacifisme révolutionnaire d'avant la Première Guerre mondiale: Almereyda,
Hervé, Lecoin, Yvetot... qui furent ses compagnons de
détention (voir le fonds des documents photographiques). Contrairement à de
nombreux anarchistes et anciens pacifistes, les néo-malthusiens ne se sont pas
ralliés, en 1914, à la défense nationale. Humbert s'est
insoumis, s'est réfugié en Espagne où il a été rejoint par Jeanne
Rigaudin.
On trouve, dans ce fonds, des témoignages sur le petit cénacle
artistico-révolutionnaire que, pendant la Première Guerre mondiale des réfugiés
pacifistes avaient constitué sur la Costa Brava. Les
Humbert y côtoient Victor Serge
(lettre de Kibaltchiche (s.d.) (dossier 177), Arthur
Cravan (1917) (dossier 73)...
Pendant l'entre-deux guerres,
les Humbert ont adhéré à plusieurs organisations
pacifistes, françaises ou internationales, et été en relation avec de
nombreuses autres. Jeanne Humbert, pour éviter de
s'exposer trop ouvertement à la répression prévue par la loi de 1920, a
souvent, dans ses conférences, abordé le néo-malthusianisme sous le couvert du
pacifisme. Elle était membre du bureau de la Ligue Internationale des
Combattants de la Paix et une de ses conférencières les plus
actives. En 1974, encore, à 84 ans, elle accepte d'aider May
Picqueray à poursuivre l'oeuvre de Lecoin en
lançant Le Réfractaire (lettres dans dossier 742). Elle y
écrira jusqu'en 1983, jusqu'à mort de May Picqueray (à 85
ans) et la disparition de son journal spécialisé dans la défense des insoumis
et des déserteurs.
De ce qui précède, on conclura qu'il est impossible
d'orienter un chercheur travaillant sur le pacifisme vers quelques dossiers
particuliers de ce fonds. L'inventaire établi par Tiny de
Boer ouvre de très nombreuses pistes. Un cheminement
aventureux peut, comme toujours, en faire découvrir d'autres. J'aimerais
néanmoins insister sur l'intérêt qu'il peut y avoir à étudier la question, si
controversée, du pacifisme intégral pendant la Seconde Guerre mondiale à partir
de documents réunis par des militants qui y ont adhéré. La documentation
présentée ici est, sur ce point précis, d'une très grande richesse. Je citerai
les lettres de Victor Margueritte, de Louis
Lecoin, le dossier sur Félicien Challaye
(dossier 929), le journal de Jeanne Humbert où les
événements politiques et militaires ne sont présentés qu'avec indifférence ou
dégoût, les lettres écrites de prison par Eugène Humbert
qui expriment largement les mêmes sentiments. Enfin, les nombreux et très
intéressants témoignages sur le désarroi et les errances des milieux
libertaires français après la défaite de 1940: "Je Lavalise et Doriotise à
temps perdu" (Pierre Bellino, 1941), "je ne vois
personne dans le Faubourg, car toute l'équipe que nous connaissions se tient
toujours autour de l'assiette au beurre vichyssoise et ils n'ont pas l'air de
vouloir la lâcher" (le gérant de la librairie Le Rouge et le Noir, 1943)
(dossier 274). Dans ce même dossier on retrouve la trace, parmi les quelques
lettres reçues par Jeanne après la condamnation et l'incarcération
d'Eugène Humbert (mars 1943), des relations
qu'entretenaient certains libertaires avec des collaborateurs notoires. Ainsi,
un correspondant non identifié, dans une lettre du 11 juin 1943, dit que l'on
aurait pu compter sur le secrétaire particulier de Darlan mais que celui-ci a
été arrêté par les Allemands. Il suggère que l'on s'adresse à Zoretti qui
pourrait toucher Déat. Louis Louvet, sur un papier à
en-tête du syndicat CGT des correcteurs, écrit: "J'ai la possibilité, par
un ami commun, de toucher directement Pierre Laval".
(Voir également les lettres de Simonne Larcher et de Louis
Lecoin). (collection complète du Réfractaire à l'IIHS (sauf le
numéro 77).
4. Nudisme
En
1924, à leur sortie de prison, Eugène Humbert et Jeanne
Rigaudin se sont mariés (uniquement pour obtenir plus facilement des permis de
visite dans le cas d'une nouvelle incarcération de l'un ou de l'autre). Ils ont
réglé leurs amendes, en grande partie grâce à la solidarité des néo-malthusiens
américains et anglais. Ensuite, il leur a fallu vivre. Eugène
Humbert se fit confier par son ami Eugène Merle
(un ancien de la Guerre Sociale) la gestion d'une librairie, la Librairie du
Progrès, spécialisée dans les ouvrages légers et
anticléricaux. C'est alors qu'Eugène Humbert fit la
connaissance de Marcel Kienné de Mongeot qui venait de créer la première revue
naturiste française: Vivre, une librairie et une salle de culture physique où
se pratiquait le nudisme intégral. Eugène Humbert prit,
pendant un an, la direction de la librairie de Vivre. A la même époque, Jeanne
Humbert entreprit la rédaction d'un roman à thèse: En
pleine vie, copieusement illustré de "nus artistiques" pour des
raisons commerciales, où elle fit l'apologie du nudisme, bien sûr, mais
beaucoup plus des idéaux et des combats néo-malthusiens.
Le dossier (393)
du fonds regroupe quelques documents sur la Librairie du
Progrès. Des lettres adressées par Eugène
Merle à Eugène Humbert se trouvent sous
différentes rubriques. En juin 1942 (dossier 224), Kienné de Mongeot écrit à
Humbert: "Le manoir Jan est devenu un hôtel sportif
(le Sparta-Club). J'y ai interdit la nudité intégrale. Que d'autres reprennent
le flambeau! J'ai compris!... (Il y a longtemps d'ailleurs)". Autres
documents sur la naissance du mouvement nudiste en France: lettres de Kienné de
Mongeot (1929, 1932, 1941-1942) (dossier 224), de Renée Dunan (1927-1929 et
s.d.) (dossier 96)... En Espagne (Ignacio de Emilio y de Dominguez, 1929)
(dossier 106), en Russie (Serge Mileef, 1930) (dossier
222)... Le roman de Jeanne Humbert, En pleine vie, se
trouve à la bibliothèque de l'IIHS.
5. Emancipation sexuelle
Au même titre que le pacifisme, la lutte pour
l'émancipation sexuelle l'est une des bases théoriques du néo-malthusianisme.
Au même titre que pour le pacifisme, on peut trouver des preuves de cet
engagement dans chacun des dossiers que regroupe ce fonds. L'éducation sexuelle
est l'un des chapitres de l'éducation intégrale. La vulgarisation de la
contraception exige la disparition des tabous qui s'opposent au progrès de
l'éducation sexuelle. Cette révolte émancipatrice se heurte souvent aux limites
qu'impose chaque époque aux esprits les plus avancés et à la crainte de la
répression. Les lecteurs en jugeront, je me contenterai, sur ce thème comme sur
celui du pacifisme, d'attirer leur attention sur un des principaux dossiers
susceptibles d'être étudiés: la riche collection de documents, manuscrits ou
imprimés, réunie autour de la constitution de la Ligue Mondiale pour la Réforme
Sexuelle sur une base scientifique.
En 1927, Eugène
Humbert fut avisé par le docteur Leunbach, de Copenhague, de la
constitution d'une Ligue mondiale pour la réforme sexuelle sur une base
scientifique qu'il présidait aux côtés d'Auguste Forel et d'Havelock
Ellis. Humbert accepta d'en créer la section
française sous le nom de Pro Amore-Ligue de la Régénération humaine. Sous cet
hommage à Paul Robin, et sous la présidence d'honneur de
Victor Margueritte, se regroupa la fine fleur du
néo-malthusianisme français, de Marie Huot à Giroud et
Madeleine Pelletier. Beaucoup de leurs amis se retrouvaient dans les bureaux
des sections étrangères: Norman Haire en Angleterre, Fernand Mascaux en
Belgique, le Dr Robinson et Margaret
Sanger aux Etats-Unis, Henri Gächter en Suisse... Dora
Russell (dont les importantes archives sont conservées à
l'IIHS) était à la section anglaise et Alexandra Kollontay à la section russe.
Le troisième point des principes directeurs de la ligue mondiale revendiquait
le "contrôle de la conception de telle sorte que la procréation soit
consentie délibérément et avec un sens exact des responsabilités".
Toutefois, le très important développement de ce mouvement le fit rapidement
échapper aux néo-malthusiens. En 1931, Pro Amore est supplanté par
l'Association d'Etudes de Sexologie (AES) où se retrouvent des personnalités de
différentes tendances: les Humbert, mais aussi des
natalistes.
Se reporter aux dossiers Pro Amore (394-397), aux lettres de
Berty Albrecht (419), au journal qu'elle créa à cette
occasion: Le Problème Sexuel, etc.. Voir également l'article
"sexologie", écrit par Eugène Humbert pour
l'Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, dans lequel
Humbert prétend avoir inventé ce néologisme avec Eugène
Lericolais en 1912. Consulter, sur cette question, les travaux de l'anarchiste
italien Camille Berneri. L'essai dactylographié inédit de
161 pages qu'il a rédigé avec Jeanne Humbert: Tartufe
contre Eros, ou La Pudimanie brimant les arts, la science et les lettres
(dossier 860). Son article sur "Magnus Hirschfeld et
la lutte contre l'article 175" (article de la loi allemande punissant
l'homosexualité masculine) dont le manuscrit, ainsi que celui d'un autre
article destiné à La Grande Réforme, "L'Abyssinie et
le surpeuplement italien", se trouve dans le dossier 368 (articles écrits
dans la clandestinité et signés C.B.C.).
V. Le néo-malthusianisme et l'histoire
De
même que tous les militants de mouvements, de pensée et d'action, qui se
heurtent à une très forte hostilité, les néo-malthusiens ont régulièrement
cherché des forces dans la conviction que l'histoire leur rendrait justice en
consacrant le triomphe de leurs idéaux. Tous les dossiers réunis ici témoignent
de la force de cet espoir. L'histoire n'a pourtant pas répondu à leur attente,
car, si la procréation consciente est devenue possible, et même la règle, dans
de nombreux groupes humains, ce progrès n'a pas été de pair avec l'avènement
des autres objectifs qu'ils y avaient associés. L'éducation n'a pas progressé
en privilégiant la formation d'individus libres et responsables.
Quant au régime qu'ils combattaient, le capitalisme,
il n'a fait que se renforcer. Si l'on considère l'histoire non plus dans son
sens dynamique mais en tant que mémoire, ce fonds d'archives permet de
distinguer trois phases dans la façon dont les néo-malthusiens ont envisagé
leur inscription dans l'histoire.
Très tôt, lorsque le mouvement commence
à se développer, et encore, lorsqu'il est en pleine force, beaucoup de leurs
publications incluent un récit de son émergence qu'ils situent volontiers dans
l'héritage des oeuvres maîtresses de la philosophie sociale plutôt que dans le
cadre plus limité de l'évolution de la pensée socialiste ou libertaire.
Vient ensuite la période des hommages et des monuments. En 1937, le premier
grand exemple du genre est le Paul Robin de
Gabriel Giroud (consultable à l'IIHS mais très difficile à
trouver en France où il a disparu de la plupart des bibliothèques, dont la
Bibliothèque Nationale). Jeanne Humbert, qui, tout en
étant beaucoup plus jeune qu'eux, a côtoyé les grands fondateurs, a suivi cet
exemple en publiant ses études sur Eugène Humbert (1947),
Gabriel Giroud (1948), Sébastien
Faure (1949) et en rédigeant un grand nombre de rubriques
nécrologiques.
Du fait d'une très longue amitié, de la fondation, par
Eugène Humbert, de la Société des Amis de
Sébastien Faure et de la préparation, par Jeanne
Humbert, de son livre sur le grand orateur anarchiste, ces
archives sont particulièrement riches en documents concernant
Sébastien Faure. Dans La Douleur universelle et dans de
nombreuses conférences, Sébastien Faure avait violemment
critiqué le malthusianisme. En 1903, Eugène Humbert
réussit à le faire changer d'opinion et, le 16 novembre 1903, à organiser un
meeting avec des orateurs prestigieux, Nelly Roussel,
Laurent Tailhade et Sébastien Faure, sur le thème:
"Le problème de la population". Dès lors et jusqu'à sa mort, en 1942,
Sébastien Faure fut de tous les combats des
néo-malthusiens et des pacifistes intégraux.
Le dossier 113 regroupe un
grand nombre de lettres adressées par Sébastien Faure aux
Humbert. Dans le dossier 866 se trouvent des épreuves,
corrigées de sa main, de certains de ses articles, de ses appels: "Appel
aux jeunes gens", "Vers la paix"..., le récit de son entrevue
avec Malvy (26 janvier 1915) qui lui fit renoncer à sa campagne pour la paix,
le feuillet de son Chant de révolte... Des manuscrits d'articles, des notes
préparatoires à des conférences, une feuille de compte, même, (pour trois
conférences prononcées en février-mars 1939. Recette, nette de frais: 6495,95
francs) sont réunis dans les dossiers 863-865. Les dossiers 861-862 concernent
la préparation de la biographie écrite par Jeanne Humbert.
On y trouve des lettres d'Alexandre Zévaès, le préfacier,
les manuscrits d'Alexandre Zévaès et de Jeanne
Humbert. Dans le dossier 530, se trouve, de plus, une
lettre très documentée où Maurice Dommanget lui donne des conseils et lui
fournit des témoignages précieux (22 juillet 1946).
Enfin, alors qu'il ne
pouvait plus espérer faire l'histoire, le néo-malthusianisme est devenu objet
d'histoire. Harry W. Hicks de la Holland-Rantos Company "gynecological
specialities" 551 Fifth avenue - New York a entrepris la constitution
d´une "bibliothèque complète sur le birth control, l´eugénique, le
planning familial, etc.". Il commande d´anciens numéros de La
Grande Réforme (1945). Il serait intéressant de savoir ce qu´est
devenue cette bibliothèque.
Les travaux de Jeanne
Humbert sur Gaston Couté, le poète libertaire et
néo-malthusien à qui on venait de dédier une statue et un musée, suscitent
également des échanges de courrier, dont une lettre de R. Gauthier
"Instituteur", membre des "Amis de Gaston Couté (Musée de
Meung)", ancien de la Fédération Unitaire de l´Enseignement (CGTU) et des
Groupes Féministes, et qui a "bataillé pour Henriette Alquier". Ces
documents se trouvent dans la chemise 575. Ceux réunis dans les chemises
418-824 confirment cette évolution. On y trouve en effet un grand nombre
d´appels à l´aide lancés par des érudits et des étudiants, et, souvent, ce qui
est le plus intéressant, des copies des réponses détaillées fournies par Jeanne
Humbert.
On peut citer:
- La correspondance avec
Jean Maitron (par exemple pour la rédaction des articles
Eugène et Jeanne Humbert de son dictionnaire (1971)).
- René Bianco (Centre International de Recherches sur
l'Anarchie) l'interroge sur Jean
Marestan (14 novembre 1971).
- En 1973, elle répond
(négativement) à une demande d'ouvrages de Rolande Trempé.
-
Robert Brécy, préparant son Florilège de la chanson
révolutionnaire, lui écrit, en 1976, plusieurs lettres, dont, une, très
documentée, sur La Marseillaise de la paix.
- En
1981, Jeanne Humbert répond à Claudie Lesselier à propos
de ses séjours en prison et à André Arru sur sa
correspondance avec Devaldès.
- En 1982, elle
correspond avec Charles Sowerwine, auteur d'une thèse sur
les femmes socialistes et biographe de Madeleine Pelletier, et avec Raymond
Nison à propos de Séverine.
- En 1983, Gilles Picq l'interroge sur la
brouille entre Laurent Tailhade et Fernand Kolney.
-
Etc..
Depuis les années 1970, les études sur le néo-malthusianisme et ses
principaux militants ont été nombreuses (dossier 931). Des colloques et des
expositions lui ont été consacrés (dossier 935). En 1980,
Bernard Baissat a réalisé son film Ecoutez Jeanne
Humbert. L'accueil fait par l'IIHS à ces archives et la
réalisation de ce catalogue sont les derniers exemples en date de cette entrée
dans l'histoire dont Jeanne Humbert n'avait jamais
douté.
A Amsterdam, juin 1994.
Francis
Ronsin
INVENTAIRE
Les archives d'Eugène et Jeanne Humbert ont été reçues
à l'IIHS en 1992. Elles ont été enrichies, l'année suivante, par un petit
versement supplémentaire.
Il s'agit certainement, comme le dit
Roger-Henri Guerrand dans sa 'Lettre-Préface', d'archives incomplètes. De plus,
ces archives étaient dans le plus grand désordre. Seuls quelques dossiers
avaient été constitués - par Jeanne Humbert et,
probablement, d'autres personnes - regroupant essentiellement des lettres et
des documents relatifs à des personnalités ainsi que la correspondance reçue à
La Grande Réforme de 1945 à 1949 (inv.no. 846).
Le
premier travail a été de distinguer entre les lettres et documents pouvant être
liés à la personne de Jeanne Humbert et les papiers reçus
et conservés par Eugène Humbert. Ces deux parties
principales ont ensuite été divisées en trois rubriques: 'Généralités', 'Vie
privée' et 'Vie publique'.
Le journal que Jeanne
Humbert a tenu pendant plusieurs années ainsi que les lettres
qu'elle avait classées ont été mis dans la rubrique 'Généralités'. Dans cette
même rubrique se trouvent d'autres lettres que Jeanne
Humbert n'avait pas classées et qui ne se prêtaient pas à un
classement thématique.
Cet ensemble de correspondance a été ordonné en
séries alphabétiques d'après les noms des expéditeurs. Lorsque ces noms étaient
illisibles et lorsque les lettres étaient écrites sur le papier à en-tête d'une
organisation, j'ai pris pour référence l'organisation elle-même. Enfin, le
courrier non identifiable a été organisé en séries chronologiques.
Dans
quelques cas, les lettres reçues sont accompagnées d'un double au papier
carbone des réponses adressées à leurs correspondants par les
Humbert. Restent enfin des lettres, surtout privées,
adressées à la fois Jeanne et à Eugène.
Des documents personnels, ainsi
des cartes d'identité et un passeport, se trouvent sous le titre 'Vie
privée'.
Sous le titre 'Vie publique', divisé entre 'Activités
rédactionnelles et éditoriales' et 'Activités sociales et culturelles', sont
classés des documents relatifs aux activités des Humbert.
Du fait de cette méthode, le courrier adressé par certains correspondants peut
se trouver aussi bien dans les séries 'Généralités' que sous la rubrique 'Vie
publique'.
Le dossier regroupant le courrier reçu à
Régéneration (inv.no. 328), comprend des lettres, datant
généralement des premières années du journal, adressées à Paul
Robin et à Gabriel Giroud. Leur présence, ici,
m'a paru logique. Pour ce qui est du courrier reçu à La Grande
Réforme (inv.nos. 340-364 dans la partie Eugène
Humbert), les lettres émanant des correspondants les plus réguliers
sont classées selon l'ordre alphabétique de leurs noms. Les autres ont donné
lieu à un classement chronologique (inv.nos. 365-367).
Sous la rubrique
'Documentation', il est possible de consulter quelques dossiers constitués par
Eugène et Jeanne Humbert sur diverses questions et des
personnalités. Une rubrique 'Annexe' comprend des lettres de divers
correspondants, dont certaines écrites par des parents d'Eugène et Jeanne
Humbert. Enfin, un index a été constitué des noms de
personnes, des organisations et des périodiques, comme cité dans l'inventaire
et l'introduction.
Ces archives comprenaient, de plus, des collections
reliées de Régéneration (1896-1908), Génération
Consciente (1908-1914) et La Grande Réforme
(1931-1939), des livres, de nombreuses brochures, des numéros de périodiques
tels que Le Barrage, Cahiers des Amis de Han Ryner, Contre
Courant, L'En dehors, Libération, Le Libertaire, Liberté,
Le Merle Blanc, Le Monde Libertaire,
Le Néo-Malthusien, La Patrie Humaine, SIA en La Voie de la
Paix. Ces imprimés ont été versés à la bibliotheque de l'IIHS.
De même, les affiches et les photos de ce fond sont conservées à la section
audiovisuelle de l'IIHS.
La bibliothèque parisienne Marguerite Durand,
spécialisée dans l'histoire des femmes et du féminisme, a microfilmé une
importante partie de ce fond. Elle a, de plus, bénéficié du versement de
publications conservées en double par les Humbert ou déjà
détenues par l'IIHS qui sont ajouté à ses très riches collections.
L'ensemble de ces archives occupe 3.25 m. de rayonnage.
I N V E N T A I R E S
EUGENE JEAN-BAPTISTE HUMBERT
GÉNÉRALITÉS
VIE PUBLIQUE
Activités rédactionnelles et éditoriales
Régénération
- 330
- Notes des 'Opinions sur la vie sexuelle et le principe de population' pendant la période 1862-1903. Main inconnue. S.d. 1 chemise.
Génération Consciente
- 336
- Tracts de conférences d'Eugène Humbert et de quelques autres personnes. 1908-1909, 1913 et s.d. 1 chemise.
La Grande Réforme
-Manuscrits-
- 370
- Manuscrit de l'article 'Philosophie sexuelle' par H.L. Follin. Avec une lettre d'envoi. 1939. 1 chemise.
-Publications-
-Documents divers-
- 383
- Dossier relatif au procès contre Norbert Bartozek dans l'affaire des stérilisations de Bordeaux. 1935-1938, 1940-1941 et s.d. 1 chemise.
- 384
- Articles imprimés sur La Grande Réforme et sur Jeanne et Eugène Humbert. 1936-1937, 1939 et s.d. 1 chemise.
- 385
- Coupures de l'annonce d'une conférence publique sous les auspices de La Grande Réforme, intitulée 'Trop de monde sur terre?'. 1938. 1 chemise.
Activités sociales et culturelles
Pro Amore
- 395
- Extraits d'une motion d'Eugène Humbert et Georges Hardy au Congrès de la Ligue Mondiale pour la Réforme Sexuelle, tenu en 1928 à Copenhague. Avec notes d'Eugène Humbert. 1928-1929. 1 chemise..
- 396
- Coupures d'articles sur le congrès de la Ligue Mondiale pour la Réforme Sexuelle, tenu à Londres. 1929. 1 chemise.
DOCUMENTATION
- 402
- Coupures de l'article 'Ange pur, ange radieux' de Paul H. Reboux, publié dans Paris-Soir. S.d. 1 chemise.
- 404
- Propagande nataliste provenant du Secrétariat d'État à la Famille et à la Santé - Commissariat Général à la Famille. S.d. 1 chemise.
- 405
- Copie manuscrite d'une instruction et d'une circulaire relative à la prohylaxie des maladies vénériennes, provenant de la 'Direction du Service de Santé - Bureau du Materiel de la Comptabilité et des Invalides', no. 54, signées par Henry Cheron, le sous Sécretaire d'État. 1907. 1 chemise.
- 407-408
- Articles imprimés sur la (dé-)natalité et sur la guerre. Avec notes. 1914-1915, 1938-1942 et s.d. 2 chemises.
- 409
- Coupure de l'article 'Une indication' de Victor Margueritte, entre autres sur Eugène Humbert, publié dans La Volonté. 1927. 1 pièce.
- 410
- Coupures d'articles 'Le Problème Humain' du Dr. Toulouse, publié dans Le Journal, 'Protégeons la race française' et 'Le Tabou' du Dr. Toulouse, publié dans L'Oeuvre. 1931. 1 chemise.
HENRIETTE JEANNE HUMBERT-RIGAUDIN
GÉNÉRALITÉS
Journaux
Correspondance
VIE PRIVÉE
Documents personnels
- 836
- Requête auprès du juge d'instruction pour autorisation d'entrée de vêtements etc. à la prison de St. Lazare. 1921. 1 pièce.
VIE PUBLIQUE
Activités rédactionnelles et éditoriales
La Grande Réforme
Correspondance et contrats
Manuscrits
- 860
- Manuscrit Tartufe contre eros ou la pudimanie brimant les arts, la science et les lettres de Camille Berneri et Jeanne Humbert. S.d. 1 chemise.
- 861-862
- Manuscrit Sébastien Faure; l'homme, l'apôtre, une époque. Avec preface et lettres d'Alexandre Zévaès [publié en 1949]. 1949 et s.d. 2 chemises.
- 863-865
- Manuscrits d'articles, brochures et conférences de Sébastien Faure, probablement employés par Jeanne Humbert pour son livre sur Sébastien Faure. 1937, 1939 et s.d. 3 chemises.
- 866
- Manuscrits, notes et coupures d'articles imprimés relatifs à Sébastien Faure, probablement employés par Jeanne Humbert pour son livre sur Sébastien Faure. 1888, 1899, 1915, 1921, 1932, 1942 et s.d. 1 chemise.
- 867
- Manuscrits d'articles sur Jean Vigo. Avec correspondance entre autres avec Miguel Almereyda, Auguste Delalé et Jean Vigo ('Nono') et documentation relative à Jean Vigo. c. 1903-1975. 1 chemise.
- 868-870
- Manuscrit de la brochure Le poète Paul-Napoleon Roinard. Avec correspondance et documents relatifs à Paul-Napoléon Roinard. c. 1911-1973. 3 chemises.
- 871-872
- Manuscrits d'articles pour les rubriques 'Des idées et des livres', 'Visages d'hier', 'De bric et de broc' et 'Au fil de mes lectures' pour Le Réfractaire. S.d. 2 chemises.
- 873
- Manuscrits d'articles pour Le Reveil Ouvrier, La Voie de la Paix, Le Monde Libertaire, Faubourgs et La Rue. 1929, 1956-1956 et s.d. 1 chemise.
Publications diverses
Comptes rendus et articles
Manuscrits d'autres personnes
- 907
- Manuscrit de l'article 'L'Opinion du Dr. Robinson sur la théorie Knauss Ogino' de J. Mani? S.d. 1 chemise.
- 908
- Manuscrit du livre Les poètes génésiaques de Manuel Devaldès. Avec notes et coupures. S.d. 1 chemise.
Activités sociales et culturelles
Ligue Internationale des Combattants de la Paix (LICP)
N.B. Voir aussi inv.nos. 878-881
- 912
-
Correspondance sur les
conférences de Jeanne Humbert.
1932-1935 et
s.d. 1 chemise.
N.B. Voir aussi inv.no. 918-919
- 913-914
- Documents relatifs au procès contre Jeanne HumbertJeanne en 1934 dans l'arrondissement de Vire pour propagande anticonceptionnelle a la suite d'une conférence publique faite à Vire sous les auspices de la LICP. 1932-1935. 2 chemises.
- 915
-
Coupures d'articles
imprimés relatifs aux conférences de Jeanne Humbert pour
la LICP.
1934 et
s.d. 1 chemise.
N.B. Voir aussi inv.no. 922
Conférences
- 921
- Manuscrit d'une conférence sur Jeanne Humbert comme introduction à une conférence de Jeanne Humbert. Main inconnue. S.d. 1 chemise.
Affiliations diverses
Invitations
- 926
- Invitation pour le 'Pèlerinage littéraire de Médan' à l'occasion du 32e anniversaire de la mort d'Émile Zola sous la présidence de M. Henri Duvernois. 1934. 1 pièce.
- 927
- Invitation pour 'Questions Vitales' par le Mouvement Integraliste avec des conférences par Guy Tassigny et Jean Bimen. 1947. 1 pièce.
- 929
- Documents relatifs au banquet organisé à l'occasion de l'anniversaire de Félicien Challaye, président d'honneur de la Fédération des Unions Pacifistes de France. 1961. 1 chemise.
- 930
- Invitation de Pierre Mac Orlan et Guy Rose à l'occasion du baptême de la plaquette de Gaston Couté par Roger Monclin. 1962. 1 pièce.
- 931
- Documents relatifs à l'invitation au Congrès International de Démographie Historique sur le thème 'Malthus hier et aujourd'hui', tenu en 1980. 1979-1980 et s.d. 1 chemise.
DOCUMENTATION
Personnes
- 940
- Coupures d'articles sur la grève de faim de Louis Lecoin pour la libération des objecteurs de conscience. 1962. 1 chemise.
- 941
- Coupures d'un article et extrait d'un article sur May Picqueray. Avec une lettre d'envoi. 1979, 1983. 1 chemise.
Sujets
- 947-948
- Documentation sur le contrôle des naissances, le surpeuplement et entre autres sur Jeanne et Eugène Humbert. c. 1933-1984. 2 chemises.
- 949
- Coupures d'articles imprimées sur la détention et entre autres sur Jeanne Humbert. 1935 et s.d. 1 chemise.
- 950
- Coupures d'articles sur le féminisme et sur quelques femmes célèbres. Avec une microfiche de l'ouvrage de Sowerwine sur les femmes et le socialisme. c. 1933-1978. 1 chemise.
ANNEXE
Marie Dedenon-Humbert (1846-1938)
Lucette Mathieu-Humbert (1915-)
N.B. Pseudonyme: Claude Villon.
- 966
- Lettres reçues après la mort de Jeanne Humbert. Avec une lettre de Lucette Mathieu-Humbert, doubles au carbone de lettres de Jeanne Humbert et des photos d'Eugène et Jeanne Humbert. Photocopies. 1986. 1 chemise.
- 967
- Coupures d'articles sur la mort de Jeanne Humbert et d'une interview de Jeanne Humbert par Francis Ronsin en 1980. Photocopies. c. 1986. 1 pièce.
- 968
- 'Procuration pour effectuer des opérations postales' en faveur de Jeanne Humbert. 1986. 1 pièce.
Liste du supplément 1997 et 2000
En 1997 l'IIHS a reçu un versement supplémentaire des archives de Jeanne et Eugène Humbert. Il s'agit principalement de la correspondance d'Eugène, Jeanne et Lucette Humbert, des documents personnels, de documentation et de quelques numéros de La Voie de la Paix, 1963, 1970-1973. Ces périodiques, quelques autres périodiques et quelques brochures ont été versés à la bibliothèque de l'IIHS. De même, une photo a été versée à la section audiovisuelle de l'IIHS.
L'ensemble des archives occupe 0.12 m. de rayonnage.
Eugène Jean-Baptiste Humbert (1870-1944)
Henriette Jeanne Humbert-Rigaudin (1890-1986)
- 981
- Album de correspondance et de coupures relatives à la publication du livre En Pleine Vie. 1930-1931. 1 chemise.
- 982
- Album de correspondance et de coupures relatives à la publication du livre Le Pourissoir. 1932-1933. 1 chemise.
SUPPLÉMENT 2000
- 989
- Photocopies de la correspondance avec Gabriel Giroud(pseudonyme G. Hardy), Jeanne et Eugène Humbert, originaire des archives de Margaret Sanger. 1921, 1923-1926, 1929, 1931-1932, 1937-1938. 1940. Avec une lettre du Margaret Sanger Papers Project (New York)à Francis Ronsin. 2000. 1 chemise.